1. Airplane
2. Mystery man
3. Dans le vert de ses yeux
4. Billionaire
5. Dial me up
6. Warned
7. Little robot
8. Intermission
9. Torchlight
10. A luxury
11. Baby shut your eyes
12. Intermission
13. Coco
14. Flying too high
15. Sugarfight
16. At the shore
17. Helmet ray
18. Now that it’s long over
"Cinématic-Intimate-Generous-Sixties-Féminine-Grandiose-Rock’n’roll"
: c’est avec cette énumération que l’artiste
définit cette formidable surprise de fin d’année
qui la fait enfin se révéler à un public
plus large que celui des couloirs de métro et des boîtes
de jazz confidentielles où elle fit ses interminables
premiers pas en forme de galères successives. Mais la
chance devait forcément tourner, car en plein milieu
du joli sourire de La Brisa Day Roché (c’est son
vrai nom et on pense tout de suite à celle qu’on
surnommait Lady Day… pertinente coïncidence), il
y a de magnifiques dents du bonheur !
Née en 1974 au nord de la Californie, dans un contexte
hippie qui était à la mode dans ces années-là,
La Brisa a baigné dans la musique, la littérature
et l’aventure depuis toute petite. Son père écrivain,
marié 7 fois, la trimballe au gré de sa dangereuse
activité parallèle de trafic de came qui lui vaudra
une mort prématurée (à moins que ce soient
les 7 mariages…). Immunisée à tout jamais
contre la trouille, la toute jeune fille n’hésite
pas à se lancer dans des pérégrinations
bohémiennes initiatiques à travers les Etats-Unis,
puis la Russie, l’Afrique du Nord… terminus Paris,
donc.
Garçon manqué, dure et endurcie, c’est un
personnage étrange et fascinant qui écume les
petites salles dans un registre de "torch singer",
reprenant des standards de swing accompagnée, au gré
des rencontres, à la guitare, cuivres, contrebasse, piano
et assurant elle-même la rythmique en claquant ses cuisses
avec fougue. Personnalité, présence, évident
talent d’interprète et d’auteur-compositeur
viennent s’ajouter à une allure qui prend sa pleine
dimension dès lors que la jeune femme accepte de passer
le pas du maquillage et de l’habillage pour se mettre
en valeur (couturière aguerrie, elle fabrique désormais
elle-même ses tenues qu’elle agrémente avec
classe et originalité d’accessoires inspirés
du style Art-Déco). Franchement, il était impensable
qu’un label de qualité ne finisse pas par s’intéresser
à elle !
Et c’est le très spécialisé Blue
Note (comment ça spécialisé en quoi ? en
jazz, voyons !) qui est venu la chercher pour lui donner les
moyens de travailler à la petite merveille d’album
ici présent. Dix-huit morceaux plutôt courts, très
mélodiques, subtilement arrangés, reliés
entre eux par une délicieuse fragrance années
soixante qui enveloppe des ambiances jazz, swing, variété
(la troisième chanson est une - adorable - reprise d’Adamo
!), rock’n’roll, rock-garage, blues, pop…
et même mambo-tango !
C’est superbement envoyé, plein de délicatesse
et de grâce. Et cette très jolie voix rehaussée
d’un craquant petit accent quand elle chante en français
(on pense à April March période Chrominance decoder
chantant Burgalat, mais aussi à Jane Birkin période
Lolita go home chantant Cole Porter)… vraiment lovely
et really charmant à la fois.
Un disque pénétrant, persistant et bientôt
indispensable, croyez-moi !
En cette fin d’année, une nouvelle étoile
est née. Elle est cinématique, intimiste, généreuse,
sixties, féminine, grandiose et rock’n’roll…
Chantons tous son avènement.