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     MuSiQueS
 
HENRI SALVADOR
Révérence
(V2 - 2006)

1. La vie c’est la vie
2. Mourir à Honfleur
3. Dans mon île
4. Cherche la rose
5. L’amour se trouve au coin de la rue
6. Tu sais je vais t’aimer
7. J’aurais aimé
8. Italie
9. D’abord
10. Les amours qu’on délaisse
11. Alléluia ! Je l’ai dans la peau
12. Les dernières hirondelles
13. Tu sais je vais t’aimer
Henri Salvador publie chez V2 Révérence, un album brasil de grande qualité musicale qui parle d’amour et de la vie. Une vraie réussite.


Qui a vraiment cru que Chansons avec vue était un album de retour d’Henri Salvador ? Le grand public, surpris d’entendre un chanteur souvent décrit par les médias comme un joueur de pétanque à Saint Trop ? Les médias ? Alors d’entrée de jeu, halte au : "Il nous ressert la même recette" que l’on pourrait lire dans certaines chroniques… Si la bossa-nova lui va si bien, ce n’est pas qu’une question de recette, mais parce qu’il en est d’une certaine manière un des précurseurs quand il enregistre en 1957 Dans mon île qu’Antonio Carlos Jobim écoute et réécoute en trouvant là une des bases de la bossa : ralentir le rythme de la samba pour y glisser de nouvelles harmonies.

Quoi de plus naturel donc, pour Henri Salvador, que de tirer sa révérence scénique (celui-ci proclame partout qu’il ne fera que quelques galas et basta !) avec un album fidèle à sa personnalité et à l’histoire de sa carrière de mélodiste humoriste mais aussi de "bossanoviste" amoureux de swing. L’album se décompose en trois sessions d’enregistrements. Huit titres sont enregistrés à Rio de Janeiro avec Jaques Morelenbaum, l’arrangeur phare de Rio qu’Henri rencontre à Paris lors d’une présentation du trio de Jaques. Quatre titres sont enregistrés à Paris avec Michel Coeuriot, arrangeur entre autres de Voulzy, Souchon, Lavoine, Simon (Yves). Et un titre est enregistré à New York avec Mino Cinelu, musicien percussionniste ayant travaillé avec Dizzy Gillespie, Miles Davis, Jacquy Terrasson, Michel Portal, et qui s’est donc entouré de la crème des musiciens new-yorkais pour l’occasion. Avec des compositeurs arrangeurs pareils, qu’en ressort-il ?

Le résultat est à la hauteur de la bossa-nova. Les chansons sont accompagnées de textes écrits et dits comme des poèmes dans lesquels les mots ont leurs propres sonorités. La voix claire d’Henri Salvador est complètement intégrée à l’ensemble instrumental, adoucie et suave. Il existe des chanteurs comme Serge Reggiani dont la voix se transforme et donne un tout autre charme aux interprétations. On retrouve des nappes de violons en contre-champ bien spécifiques à Jaques Morelenbaum, couleur locale oblige et quand certains musiciens chargeraient les espaces mélodiques de fioritures, ceux qui accompagnent Henri n’étalent en rien leur virtuosité. Pour cause, Jaques Morelenbaum n’a eu aucun mal à réunir des musiciens tels que Jorge Helder à la contrebasse, Lula Galvao à la guitare, Paul Braga à la batterie, Marcelo Costa aux percussions et Joao Donato au piano, des orfèvres de la bossa. Joao Donato joue rarement pour d’autres productions que les siennes, le geste est donc à remarquer. A noter : la présence de Gilberto Gil en duo sur Tu sais je vais t’aimer, l’adaptation française de Georges Moustaki du célèbre titre Eu sei que vou te amar et celle de Caetano Veloso, chanteur guitariste, sur Cherche la rose, un morceau qui connut le succès avec Marlène Dietrich. Hormis ces deux derniers titres et la reprise d’Alleluia ! Je l’ai dans la peau de Ray Charles, tous les autres sont inédits ce qui nous montre que M. Salvador a encore plus d’une corde à son arc. Il y est donc question d’amour, d’Italie et de Honfleur - cinq titres sur treize ont dans leur titre aimer ou amour - mais aussi de rêves sur Modigliani, Molière et ses fourberies, Voltaire et Calamity Jane dans J’aurais aimé.

Mais ce qui fait la force d’Henri Salvador est de savoir timbrer sa voix quand il le faut pour donner une nouvelle énergie. Cette voix qui lui sert à timbrer son célèbre rire et ses textes humoristiques par le passé. Côté jazzy, à la manière des crooners Franck Sinatra et Nat King Cole dont il admire encore les voix, on se plaît à l’entendre "chorusser" et scater sur L’amour se trouve au coin de la rue, titre créé avec Eddy Mitchell. Le titre sonne Big Band, cuivres à l’appui, et rappelle les structures type Ray Ventura avec lequel Henri débuta en Amérique latine. Quant à la reprise de Ray Charles, elle est digne des orchestres de Broadway ! A bien y écouter on y entendrait même des sons très "gospel".

Alors, on comprendra que les mélomanes en auront pour leur compte, mais que les autres pourraient être déçus par le manque de surprise depuis le cross-over de 2001. "Encore de la bossa ? C’est un peu lisse… un peu classique". Oui, Henri Salvador continue sa progression naturelle dans ce champ mélodieux. Il n’empêche, la qualité musicale de l’album est exemplaire et pour le coup, la collaboration avec tous ces artistes internationaux est déjà en soit une réussite, une reconnaissance artistique de ses pairs. Salvador comme porte-parole de la musique brésilienne. Cette musique se déguste en rêverie, en se laissant porter par les mots et leurs sonorités. "Où vont les rêves ? Où vont tous les je t’aime ?" s’interroge Salvador, un peu mélancolique. Henri Salvador aurait refusé de signer un pont d’or chez EMI pour parler d’amour chez V2. L’objectif est plus qu’atteint. Une belle révérence de sincérité presque en pied de nez, loin des compils et des remix d’autres artistes en manque de créativité. Bref, la grande classe.


Sébastien Mounié
© Jowebzine.com - Octobre 2006



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