1. La vie c’est la vie
2. Mourir à Honfleur
3. Dans mon île
4. Cherche la rose
5. L’amour se trouve au coin de la rue
6. Tu sais je vais t’aimer
7. J’aurais aimé
8. Italie
9. D’abord
10. Les amours qu’on délaisse
11. Alléluia ! Je l’ai dans la peau
12. Les dernières hirondelles
13. Tu sais je vais t’aimer
Henri
Salvador publie chez V2 Révérence, un album brasil de
grande qualité musicale qui parle d’amour et de la vie.
Une vraie réussite.
Qui a vraiment cru que Chansons avec vue était un album de
retour d’Henri Salvador ? Le grand public, surpris d’entendre
un chanteur souvent décrit par les médias comme un joueur
de pétanque à Saint Trop ? Les médias ? Alors
d’entrée de jeu, halte au : "Il nous ressert la
même recette" que l’on pourrait lire dans certaines
chroniques… Si la bossa-nova lui va si bien, ce n’est
pas qu’une question de recette, mais parce qu’il en est
d’une certaine manière un des précurseurs quand
il enregistre en 1957 Dans mon île qu’Antonio Carlos Jobim
écoute et réécoute en trouvant là une
des bases de la bossa : ralentir le rythme de la samba pour y glisser
de nouvelles harmonies.
Quoi de plus naturel donc, pour Henri Salvador, que de tirer sa révérence
scénique (celui-ci proclame partout qu’il ne fera que
quelques galas et basta !) avec un album fidèle à sa
personnalité et à l’histoire de sa carrière
de mélodiste humoriste mais aussi de "bossanoviste"
amoureux de swing. L’album se décompose en trois sessions
d’enregistrements. Huit titres sont enregistrés à
Rio de Janeiro avec Jaques Morelenbaum, l’arrangeur phare de
Rio qu’Henri rencontre à Paris lors d’une présentation
du trio de Jaques. Quatre titres sont enregistrés à
Paris avec Michel Coeuriot, arrangeur entre autres de Voulzy, Souchon,
Lavoine, Simon (Yves). Et un titre est enregistré à
New York avec Mino Cinelu, musicien percussionniste ayant travaillé
avec Dizzy Gillespie, Miles Davis, Jacquy Terrasson, Michel Portal,
et qui s’est donc entouré de la crème des musiciens
new-yorkais pour l’occasion. Avec des compositeurs arrangeurs
pareils, qu’en ressort-il ?
Le résultat est à la hauteur de la bossa-nova. Les chansons
sont accompagnées de textes écrits et dits comme des
poèmes dans lesquels les mots ont leurs propres sonorités.
La voix claire d’Henri Salvador est complètement intégrée
à l’ensemble instrumental, adoucie et suave. Il existe
des chanteurs comme Serge Reggiani dont la voix se transforme et donne
un tout autre charme aux interprétations. On retrouve des nappes
de violons en contre-champ bien spécifiques à Jaques
Morelenbaum, couleur locale oblige et quand certains musiciens chargeraient
les espaces mélodiques de fioritures, ceux qui accompagnent
Henri n’étalent en rien leur virtuosité. Pour
cause, Jaques Morelenbaum n’a eu aucun mal à réunir
des musiciens tels que Jorge Helder à la contrebasse, Lula
Galvao à la guitare, Paul Braga à la batterie, Marcelo
Costa aux percussions et Joao Donato au piano, des orfèvres
de la bossa. Joao Donato joue rarement pour d’autres productions
que les siennes, le geste est donc à remarquer. A noter : la
présence de Gilberto Gil en duo sur Tu sais je vais t’aimer,
l’adaptation française de Georges Moustaki du célèbre
titre Eu sei que vou te amar et celle de Caetano Veloso, chanteur
guitariste, sur Cherche la rose, un morceau qui connut le succès
avec Marlène Dietrich. Hormis ces deux derniers titres et la
reprise d’Alleluia ! Je l’ai dans la peau de Ray Charles,
tous les autres sont inédits ce qui nous montre que M. Salvador
a encore plus d’une corde à son arc. Il y est donc question
d’amour, d’Italie et de Honfleur - cinq titres sur treize
ont dans leur titre aimer ou amour - mais aussi de rêves sur
Modigliani, Molière et ses fourberies, Voltaire et Calamity
Jane dans J’aurais aimé.
Mais ce qui fait la force d’Henri Salvador est de savoir timbrer
sa voix quand il le faut pour donner une nouvelle énergie.
Cette voix qui lui sert à timbrer son célèbre
rire et ses textes humoristiques par le passé. Côté
jazzy, à la manière des crooners Franck Sinatra et Nat
King Cole dont il admire encore les voix, on se plaît à
l’entendre "chorusser" et scater sur L’amour
se trouve au coin de la rue, titre créé avec Eddy Mitchell.
Le titre sonne Big Band, cuivres à l’appui, et rappelle
les structures type Ray Ventura avec lequel Henri débuta en
Amérique latine. Quant à la reprise de Ray Charles,
elle est digne des orchestres de Broadway ! A bien y écouter
on y entendrait même des sons très "gospel".
Alors, on comprendra que les mélomanes en auront pour leur
compte, mais que les autres pourraient être déçus
par le manque de surprise depuis le cross-over de 2001. "Encore
de la bossa ? C’est un peu lisse… un peu classique".
Oui, Henri Salvador continue sa progression naturelle dans ce champ
mélodieux. Il n’empêche, la qualité musicale
de l’album est exemplaire et pour le coup, la collaboration
avec tous ces artistes internationaux est déjà en soit
une réussite, une reconnaissance artistique de ses pairs. Salvador
comme porte-parole de la musique brésilienne. Cette musique
se déguste en rêverie, en se laissant porter par les
mots et leurs sonorités. "Où vont les rêves
? Où vont tous les je t’aime ?" s’interroge
Salvador, un peu mélancolique. Henri Salvador aurait refusé
de signer un pont d’or chez EMI pour parler d’amour chez
V2. L’objectif est plus qu’atteint. Une belle révérence
de sincérité presque en pied de nez, loin des compils
et des remix d’autres artistes en manque de créativité.
Bref, la grande classe.