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     MuSiQueS
 
BRIAN SETZER
Nitro burnin' funny daddy
(Surfdog - 2003)

1. Sixty years
2. Don't trust a woman
3. When the bell's don't chime
4. That someone just ain't you
5. Rat pack boogie
6. Ring ring ring
7. Drink whiskey and shut up
8. Smokin'n'burnin'
9. Wild wind
10. St.Jude
11. To be loved
12. When the bell's don't chime (banjo mix)

LE ROCK A SOUPAPES
Brian Setzer sort un nouveau disque de rockabilly tellement chaud que l'on se demande s'il ne s'agit pas du disque encore brûlant d'un des freins du hot-rod* qu'il vient de garer.


Le chat à banane blonde se révèle aujourd'hui aussi actif qu'à l'époque des Stray Cats. Il n'est encore pas mort et si l'on se fie aux multiples vies du chat, celui-ci va encore faire du rock pendant longtemps. Brian Setzer demeure un artiste très prolifique entre les tournées aux USA, au Japon et en Europe (notre homme revient Gretsch en bandoulière d'une campagne avec son Big Band au Pays du Soleil Levant). Et lorsqu'il ne déboule pas sur une scène avec ses collègues cuivrés, l'ex-Stray Cat remet le couvert avec la formule du trio rockabilly en débauchant le batteur et le slappeur de son big band. Le retour fracassant à cette formule avait été marqué en 2001 avec l'album Ignition. Cette fois, alors que Johnny "Spazz" Hatton, pasteur de son état, a remplacé Mark Winchester à la contrebasse, pendant que Bernie Dresel garde les fûts de la batterie, le Brian Setzer Trio nous donne en pâture Nitro burnin' funny daddy.

La jaquette de l'album annonce les couleurs de cette nouvelle production. Le père Setzer est adossé à sa grosse bagnole, prêt à vous embarquer et ce n'est pas pour une balade de tout repos. Bien que résolument rockabilly par l'instrumentation et les arrangements, il y en a pour tout le monde et toutes les humeurs sur ce disque. Le trio fait chauffer les bielles avec Sixty years qui correspond en gros à l'espérance de vie de l'être humain moyen sur Terre selon Brian Setzer, qui ne doit pas être loin de la vérité. Brian fait monter la températures des pistons de sa Gretsch avec un son proche de celui de ZZ Top mais où Billy Gibbons, le Barbu Texan à guitares, se serait bourré la ganache en buvant tout le contenu du réservoir de son hot-rod.

Sur la plage suivante, on nous donne le conseil ultime: Don't trust a woman in a black cadillac. L'album apporte son lot de nitro-glycérine avec des morceaux tels que Ring, ring, ring, un rockabilly à mettre votre grand-mère au volant d'une bonne vieille voiture customisée, Drink whiskey and shut up, qui nous conseille de boire notre rasade de carburant et de la boucler comme un réservoir lorsque le plein est fait, ou Smokin' n' burnin' (sans commentaire) qui sont des morceaux évoquant les artistes pre-rockabilly (avant Elvis) de l'écurie Sun comme Junior Parker (l'auteur de Mystery train", une chanson para-normale faisant la synthèse absolue de la musique US).

A part ces morceaux qui friseraient l'excès de vitesse sur autoroute, vous pouvez faire une pause, prendre la première sortie vers un drive-in pour mater un film et emballer tranquillement votre nana ou votre mec en écoutant That someone ain't just you ou To be loved, perles doo-wop nous prouvant que les samedis soirs ne sont pas morts et que la tendresse rock'n'rollienne fait toujours son effet. Alors que le poignant Wild wind" vous met au bord du désespoir, vous allez retrouver la rédemption en priant St Jude. Mention spéciale à When the bells don't chime, que l'on retrouve deux fois sur l'album.

Ce titre propose une country complètement cramée jusqu'à en faire éclater les soupapes. Vous ne sortirez pas indemnes de cet accident: rien à voir avec la country mainstream de Nashville. Il s'agirait plutôt d'un sympathique chickaboom honky-tonk sorti d'un bucolique comice agricole des Appalaches mais où le trio aurait appuyé sur le champignon alors que le moteur était déjà trop chaud. Au milieu de tout cela, Brian doit reposer sa voix au risque de la brûler elle aussi. Il se dégourdit donc les doigts sur Rat pack boogie, un des meilleurs instrumentaux rockabilly ou simplement rock où Setzer fait de l'écho un véritable jouet. Les acquéreurs de l'édition japonaise de l'album auront la chance d'écouter un autre instrumental en bonus où le trio se rappelle au bon souvenir du Hot Club de France de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli.

La tonalité de cet album est plus sombre que sur Ignition mais le trio nous montre toute sa versatilité. L'étendue des talents de Brian Setzer bénéficie du soutien infaillible de Bernie Dresel et Spazz Hatton. Pas besoin de radars sur cette autoroute du rock: il est déjà trop tard lorsque vous avez entendu le morceau. La Gretsch est un véhicule potentiellement dangereux. Dans les mains de Brian, elle devient un engin de mort. Ce disque sans frein va faire sauter le joint de culasse de votre chaîne stereo. Et avec tout cela, brian Setzer ne paraît même pas dans la liste des 100 meilleurs guitaristes du rock établie par Rolling Stone. Il faut emmener ces gens faire un tour en hot-rod avec Brian Setzer.


Steffan Rock
© Jowebzine.com - Novembre 2003


Site : www.briansetzer.com

* hot-rod: vieille voiture, de préférence un modèle Ford des années 30, retapée, restaurée, pas seulement modifiée de l'extérieur mais aussi de l'intérieur où le moteur est carrément gonflé (de toutes façons un V8). Ce genre de véhicule est une passion commune de Brian Setzer et Billy Gibbons de ZZ Top (voir les pochettes de Afterburner et de Recycler).

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