LE
ROCK A SOUPAPES
Brian Setzer sort un nouveau disque de rockabilly tellement
chaud que l'on se demande s'il ne s'agit pas du disque encore
brûlant d'un des freins du hot-rod* qu'il vient de garer.
Le chat à banane blonde se révèle aujourd'hui
aussi actif qu'à l'époque des Stray Cats. Il
n'est encore pas mort et si l'on se fie aux multiples vies
du chat, celui-ci va encore faire du rock pendant longtemps.
Brian Setzer demeure un artiste très prolifique entre
les tournées aux USA, au Japon et en Europe (notre
homme revient Gretsch en bandoulière d'une campagne
avec son Big Band au Pays du Soleil Levant). Et lorsqu'il
ne déboule pas sur une scène avec ses collègues
cuivrés, l'ex-Stray Cat remet le couvert avec la formule
du trio rockabilly en débauchant le batteur et le slappeur
de son big band. Le retour fracassant à cette formule
avait été marqué en 2001 avec l'album
Ignition. Cette fois, alors que Johnny "Spazz" Hatton,
pasteur de son état, a remplacé Mark Winchester
à la contrebasse, pendant que Bernie Dresel garde les
fûts de la batterie, le Brian Setzer Trio nous donne
en pâture Nitro burnin' funny daddy.
La jaquette de l'album annonce les couleurs de cette nouvelle
production. Le père Setzer est adossé à
sa grosse bagnole, prêt à vous embarquer et ce
n'est pas pour une balade de tout repos. Bien que résolument
rockabilly par l'instrumentation et les arrangements, il y
en a pour tout le monde et toutes les humeurs sur ce disque.
Le trio fait chauffer les bielles avec Sixty years qui correspond
en gros à l'espérance de vie de l'être
humain moyen sur Terre selon Brian Setzer, qui ne doit pas
être loin de la vérité. Brian fait monter
la températures des pistons de sa Gretsch avec un son
proche de celui de ZZ Top mais où Billy Gibbons, le
Barbu Texan à guitares, se serait bourré la
ganache en buvant tout le contenu du réservoir de son
hot-rod.
Sur la plage suivante, on nous donne le conseil ultime: Don't
trust a woman in a black cadillac. L'album apporte son lot
de nitro-glycérine avec des morceaux tels que Ring,
ring, ring, un rockabilly à mettre votre grand-mère
au volant d'une bonne vieille voiture customisée, Drink
whiskey and shut up, qui nous conseille de boire notre rasade
de carburant et de la boucler comme un réservoir lorsque
le plein est fait, ou Smokin' n' burnin' (sans commentaire)
qui sont des morceaux évoquant les artistes pre-rockabilly
(avant Elvis) de l'écurie Sun comme Junior Parker (l'auteur
de Mystery train", une chanson para-normale faisant la
synthèse absolue de la musique US).
A part ces morceaux qui friseraient l'excès de vitesse
sur autoroute, vous pouvez faire une pause, prendre la première
sortie vers un drive-in pour mater un film et emballer tranquillement
votre nana ou votre mec en écoutant That someone ain't
just you ou To be loved, perles doo-wop nous prouvant que
les samedis soirs ne sont pas morts et que la tendresse rock'n'rollienne
fait toujours son effet. Alors que le poignant Wild wind"
vous met au bord du désespoir, vous allez retrouver
la rédemption en priant St Jude. Mention spéciale
à When the bells don't chime, que l'on retrouve deux
fois sur l'album.
Ce titre propose une country complètement cramée
jusqu'à en faire éclater les soupapes. Vous
ne sortirez pas indemnes de cet accident: rien à voir
avec la country mainstream de Nashville. Il s'agirait plutôt
d'un sympathique chickaboom honky-tonk sorti d'un bucolique
comice agricole des Appalaches mais où le trio aurait
appuyé sur le champignon alors que le moteur était
déjà trop chaud. Au milieu de tout cela, Brian
doit reposer sa voix au risque de la brûler elle aussi.
Il se dégourdit donc les doigts sur Rat pack boogie,
un des meilleurs instrumentaux rockabilly ou simplement rock
où Setzer fait de l'écho un véritable
jouet. Les acquéreurs de l'édition japonaise
de l'album auront la chance d'écouter un autre instrumental
en bonus où le trio se rappelle au bon souvenir du
Hot Club de France de Django Reinhardt et Stéphane
Grappelli.
La tonalité de cet album est plus sombre que sur Ignition
mais le trio nous montre toute sa versatilité. L'étendue
des talents de Brian Setzer bénéficie du soutien
infaillible de Bernie Dresel et Spazz Hatton. Pas besoin de
radars sur cette autoroute du rock: il est déjà
trop tard lorsque vous avez entendu le morceau. La Gretsch
est un véhicule potentiellement dangereux. Dans les
mains de Brian, elle devient un engin de mort. Ce disque sans
frein va faire sauter le joint de culasse de votre chaîne
stereo. Et avec tout cela, brian Setzer ne paraît même
pas dans la liste des 100 meilleurs guitaristes du rock établie
par Rolling Stone. Il faut emmener ces gens faire un tour
en hot-rod avec Brian Setzer.
Steffan Rock
© Jowebzine.com - Novembre 2003
Site : www.briansetzer.com
* hot-rod: vieille voiture, de préférence un
modèle Ford des années 30, retapée, restaurée,
pas seulement modifiée de l'extérieur mais aussi
de l'intérieur où le moteur est carrément
gonflé (de toutes façons un V8). Ce genre de
véhicule est une passion commune de Brian Setzer et
Billy Gibbons de ZZ Top (voir les pochettes de Afterburner
et de Recycler).
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