1. Roses
2. Codification
3. Music box
4. No moan
5. Baby man
6. Aquarius
7. That lover
8. …binds…
9. The date
10. Sleep tight
11. The butcher’s shop
CHANTEUSE
ETOILE
Songwriter à la française, la jeune Shériff
met beaucoup de cœur et de sincérité dans
un album trop instinctif pour toucher le firmament.
“Courage… courage… à ceux pour qui
les temps sont durs”. Comme une épitaphe à
la fin du livret entièrement manuscrit. Dans une ambiance
sépia sur vieux papier chiffonné, taché
de rouille, dessins à l’encre représentant
des sortes de plantes. Ou des algues plutôt, aux formes
parfois évocatrices (au recto, on dirait bien un utérus,
et au verso, un cœur) d’où émergent,
comme des bourgeons, les têtes des trois protagonistes
: la Shériff et ses deux Mobiil (du crime ?), le guitariste
Olivier Mellano (qu’on a vu souvent, sur scène
et sur disque, aux côtés de Dominique A et de Françoiz
Breut) et le batteur Gaël Desbois. Mobiil, groupe de Rennes
où la jeune Lilloise a récemment immigré.
Rennes, vivier incontournable de la création musicale
rock indépendante et alternative… celle pour qui
les temps sont (ou ont été) durs, précisément.
Laetitia Shériff, 27 ans, caresse les six cordes depuis
moins de dix ans. Très émotionnellement influencée
par le poète William Butler Yeats, elle écrit
et chante exclusivement en anglais. Ce qui ne facilite pas non
plus son intégration dans le milieu "rock hexagonal"
régit par les quotas francophoniques du ministère
de la Culture… Edité sur un label spécialement
créé pour elle, Codification a toutefois été
bien accueilli à sa sortie, par une presse spécialisée
qui a immédiatement fait les parallèles d’usage,
PJ Harvey à la française, Cat Power ch’ti
ou Jeff Buckley des corons étant les plus usités.
On est en fait dans le contexte assez typique d’une musique
plutôt instinctive, mélodies et arrangements générés
au fil des improvisations et textes scandés par-dessus.
Spontanéité, générosité et
sincérité gagnent la partie. C’est à
la fois électrique et sensuel, dépouillé
et recueilli. Mais on ne peut réprimer un petit agacement
lors de ces fréquents passages un peu étirés,
ces petits riffs un peu convenus, ou un peu approximatifs, qui
donnent à l’ensemble un aspect trop peu percutant
pour faire décoller. Comme un petit manque de "structure
structurelle", qui devrait s’estomper facilement
si la jeune femme réussit à troquer l’étoile
qu’elle a sur le cœur contre celle, plus brillante
encore, vers laquelle on aime lever la tête.