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     MuSiQueS
 
LAETITIA SHERIFF
Codification
(Disques Wah Wah / Naïve - 2004)

1. Roses
2. Codification
3. Music box
4. No moan
5. Baby man
6. Aquarius
7. That lover
8. …binds…
9. The date
10. Sleep tight
11. The butcher’s shop
CHANTEUSE ETOILE
Songwriter à la française, la jeune Shériff met beaucoup de cœur et de sincérité dans un album trop instinctif pour toucher le firmament.



“Courage… courage… à ceux pour qui les temps sont durs”. Comme une épitaphe à la fin du livret entièrement manuscrit. Dans une ambiance sépia sur vieux papier chiffonné, taché de rouille, dessins à l’encre représentant des sortes de plantes. Ou des algues plutôt, aux formes parfois évocatrices (au recto, on dirait bien un utérus, et au verso, un cœur) d’où émergent, comme des bourgeons, les têtes des trois protagonistes : la Shériff et ses deux Mobiil (du crime ?), le guitariste Olivier Mellano (qu’on a vu souvent, sur scène et sur disque, aux côtés de Dominique A et de Françoiz Breut) et le batteur Gaël Desbois. Mobiil, groupe de Rennes où la jeune Lilloise a récemment immigré. Rennes, vivier incontournable de la création musicale rock indépendante et alternative… celle pour qui les temps sont (ou ont été) durs, précisément.

Laetitia Shériff, 27 ans, caresse les six cordes depuis moins de dix ans. Très émotionnellement influencée par le poète William Butler Yeats, elle écrit et chante exclusivement en anglais. Ce qui ne facilite pas non plus son intégration dans le milieu "rock hexagonal" régit par les quotas francophoniques du ministère de la Culture… Edité sur un label spécialement créé pour elle, Codification a toutefois été bien accueilli à sa sortie, par une presse spécialisée qui a immédiatement fait les parallèles d’usage, PJ Harvey à la française, Cat Power ch’ti ou Jeff Buckley des corons étant les plus usités.

On est en fait dans le contexte assez typique d’une musique plutôt instinctive, mélodies et arrangements générés au fil des improvisations et textes scandés par-dessus. Spontanéité, générosité et sincérité gagnent la partie. C’est à la fois électrique et sensuel, dépouillé et recueilli. Mais on ne peut réprimer un petit agacement lors de ces fréquents passages un peu étirés, ces petits riffs un peu convenus, ou un peu approximatifs, qui donnent à l’ensemble un aspect trop peu percutant pour faire décoller. Comme un petit manque de "structure structurelle", qui devrait s’estomper facilement si la jeune femme réussit à troquer l’étoile qu’elle a sur le cœur contre celle, plus brillante encore, vers laquelle on aime lever la tête.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Novembre 2004
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