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     MuSiQueS
 
SIGUR ROS
( )
(Fat Cat - 2002)
Rarement, chronique aura aussi bien justifié "l’angoisse de la page blanche". Pochette blanche, livret blanc, CD blanc... Tout dans le deuxième album de Sigur Ros est blanc ET muet : pas de titre de disque ni de chansons, pas de note sur le livret, et aucune illustration si ce n’est la mystérieuse parenthèse grise ouverte et aussitôt refermée. Dès lors, pas d’échappatoire possible : c’est de la musique gravée qu’il va falloir parler, et rien que de la musique.

Quoique… À bien y regarder, et compte tenu de la qualité inouïe de cet album, il est tout de même bon de jeter un œil sur les quatre musiciens qui composent ce groupe Islandais surdoué (pléonasme ?). Les étendues glacées et enneigées de leur île d’origine donnent d’ailleurs une piste sérieuse sur les raisons de ce blanc et de ce silence omniprésents sur le packaging de ( ) (je rappelle que cette double parenthèse est le "titre" de l’album). Pour le reste, les Sigur Ros sont des jeunes gens qui, si l’on en croit leurs interviews, ne semblent pas se prendre au sérieux pour deux sous malgré le succès planétaire de leur musique si personnelle.

Et quand je dis personnelle... Jugez plutôt : absolument inclassable, ( ) est une sorte de croisement étrange entre Joy Division et la musique new age qui fleurit dans les bacs ces temps-ci. Mais on peut aussi y trouver des réminiscences de Radiohead, dans une version apaisée et glacée, moins prétentieuse et ésotérique que celle de Tom Yorke. Les sept titres qui composent cet album ne sont, en effets, qu’ambiances intrigantes mais palpables et immédiatement intimes pour l’auditeur. Les textes, incompréhensibles puisque écrits dans un sabir inconnu de l’invention du chanteur (Jon Thor Birgisson), collent aux notes avec un rare bonheur.

Se plonger dans l’univers de Sigur Ros, c’est échapper au temps et à l’espace. C’est inventer avec eux un monde différent et pourtant familier. Nouveau et pourtant ancestral. The Notwist avait, l’année dernière, réussit ce genre de prouesse : troubler et séduire avec une musique nouvelle issue d’influences ethniques immémoriales. Sigur Ros, dans un registre plus occidental, plus froid, renouvelle cette forme de fusion. On se plait à imaginer cet album interprété dans une cathédrale plutôt que dans une salle de concert enfumée, sorte de ( ) dans un monde de brutes...


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Mars 2003
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