BRUCE
SPRINGSTEEN
Devils and dust
(Sony BMG - 2005)
1. Devils & Dust
2. All The Way Home
3. Reno
4. Long Time Comin'
5. Black Cowboys
6. Maria's Bed
7. Silver Palomino
8. Jesus Was an Only Son
9. Leah
10. The Hitter
11. All I'm Thinkin' About
12. Matamoras Banks
Le
nouvel album du boss lorgne à nouveau du côté
de l'Amérique profonde de Nebraska ou The ghost of Tom
Joad. Retour gagnant après l'épidermique The rising.
Bruce Springsteen n'est plus un musicien, c'est un monument
de la culture américaine. Un type à part, à
ranger dans la catégorie des mythes de l'american dream.
Aux côtés de Bob Dylan ou Clint Eastwood, pour
ne parler que des vivants (mais il faudrait aussi citer Johnny
Cash ou Woody Guthrie), il incarne une intemporalité
et les grands espaces que notre vieille Europe a depuis longtemps
laissé derrière elle.
Pour son dix-neuvième album, le boss creuse un peu plus
le sillon de sa légende avec douze chansons dans le droit
fil intimiste de Nebraska (1982) et The ghost of Tom Joad (1995).
C'est que le temps n'est plus, pour Springsteen, aux rodomontades
musclées soutenues pas le E-Street Band, ni à
l'urgence vengeresse de l'après-11 septembre (The rising).
Revenu de tout, il se consacre à nouveau à ce
qu'il fait le mieux : chanter l'Amérique profonde, humaine,
chaleureuse et désenchantée. Celle des petites
histoires qui prennent aux tripes et façonnent, par touches
successives un tableau, ou plutôt un roman, digne héritier
de l'œuvre de Steinbeck (Tom Joad est le nom du héros
des Raisins de la colère).
Plus dylanien que jamais, seulement accompagné par son
producteur Brandon O'Brien à la basse et Steve Jordan
à la batterie, il égrène ses chansons guitare
en mains et voix nasillarde en avant, l'harmonica toujours à
portée de lèvres. Devils and dust, sur la vision
de la guerre en Irak du point de vu d'un simple GI ("J’ai
le doigt sur la gâchette / Mais je ne sais pas à
qui faire confiance / Et dans tes yeux / Je ne vois que diables
et poussière") ; Reno, sur le client d'une pute
mexicaine à 200 dollars ; Maria's bed, sur ce type qui
se souvient du lit de sa femme ; ou The hitter, sur ce boxeur
qui raconte sa vie à sa mère (quand on vous parlait
de Clint Eastwood…).
Et en "cadeau bonus", Bruce Springsteen ajoute une
seconde galette dans le boîtier, au format DVD celle-là,
pour un mini-concert acoustique et intimiste qui mérite
que l'on s'y arrête. Seul dans une vieille maison décrépie,
filmé par Danny Clinch, il chante cinq titres acoustiques,
chauds et émouvants, comme s'il partageait avec nous
une soirée tiède et solitaire. Un beau moment
de plus.