BRUCE SPRINGSTEEN
We shall overcome
The Seeger sessions
(Columbia - 2006)
1. Old dan tucker
2. Jesse James
3. Mrs McGrath
4. O Mary don't you weep
5. John Henry
6. Erie canal
7. Jacob's Ladder
8. My Oklahoma home
9. Eyes on the prize
10. Shenandoah
11. Pay me my money down
12. We shall overcome
13. Froggie went a courtin
Springsteen
reprend le patrimoine musical des Etats-Unis et nous en livre une
version autant jouissive que corrosive.
Faisons donc une comparaison culinaire pour commencer. Si vous avez
quitté le domicile familial pour en fonder un autre ou pour
voler de vos propres ailes, vous regretterez toujours la cuisine de
votre maman et ses saveurs simples qui valent largement pour votre
palais les quatre étoiles de tel ou tel Toqué.
Eh bien pour Bruce, c’est pareil. Et cette fois il le prouve.
The Seeger sessions est un album de reprises de titres popularisés
par Pete Seeger, icône des folk-songs et protest-songs dès
la fin des années 1950. Il faut savoir que Bob Dylan s’est
inspiré de Seeger et qu’il le considère comme
un chanteur important, popularisant la culture vive des Etats-Unis
et luttant pour les droits de toute population ballonnée.
Bruce reprend ces titres dont la plupart datent du 19e siècle
mais qui peuvent remonter à la Renaissance en passant par les
révoltes irlandaises (Mrs McGrath). Bruce a compris qu’on
ne vit pas sans patrimoine et que la meilleure manière de faire
vivre un patrimoine, c’est de le réinvestir et de le
réinventer.
Pour cela, le Boss fait appel à 17 mercenaires parmi ses copains.
Et il leur demande d’enregistrer dans un studio de fortune et
dans les conditions du direct. Bruce veut faire de la musique qui
pulse, qui swingue. Une musique semblable à un cœur qui
bat. C’est sans fioritures, mais c’est essentiel. Ça
vibre d’une énergie qu’on n’avait pas entendue
depuis longtemps.
Autour de Bruce, on trouve sa femme Patty Scialfa aux chœurs,
la violoniste Soozie Tyrell qui l’accompagnait lors de sa dernière
tournée avec le Band. On trouve un banjo, un tuba, une section
de cuivres (saxophone, trompette, trombone) des guitares et de la
bonne vieille batterie des familles. Comme la cuisine de maman, on
trouve tous les ingrédients d’une tambouille sans chichis.
Et l’ami Bruce nous entraîne dans des gospels à
fondre en larmes, des gigues, des polkas, des rythmes chipés
à la Nouvelle-Orléans. Il réussit à nous
donner envie de danser en tapant du pied et nous arrache des larmes.
Peut-être est-ce cela la fonction de la musique folk : nous
remuer de fond en comble jusqu’à ce que nous nous sentions
vivants. Et une fois que nous sentons à nouveau nos cœurs,
nos foies, nos reins, nous nous rendons compte que nous avons envie
de lutter pour rendre le monde dans lequel nous sommes de passage,
moins injuste. Agir pour rester vivant et pouvoir se regarder dans
la glace.
En tout cas, Bruce Springsteen réussit le paradoxe de nous
livrer un de ses meilleurs disques, sans en avoir écrit une
note. Il faut le voir dans la version vidéo insuffler de l’homogénéité
à ses troupes et disserter sur la musique de Peter Seeger sans
nous prendre la tête. Il faut voir ces joyeux drilles humecter
leurs gorges avec des chopes de bière.
Allez, faisons la fête, amis mais n’oublions pas, à
la fin des agapes, de bouter hors de la République les Georges
Bush qui se servent de l’Etat pour leur seul intérêt
et celui de leurs amis.
Faisons la fête, amis parce qu’il est plus plaisant de
s’amuser en groupe que de grincer des dents tout seul ! Et que
cette énergie puisée en chacun de nous ne nous dispense
pas de réformer les injustices criantes de la société
!