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     MuSiQueS
 
HOMMAGE À JOE STRUMMER
1952 - 22 décembre 2002
Bien sûr c’est déjà arrivé des tas de fois ! Depuis quarante ans, tu en a vu partir des chanteurs, des musiciens, des fous, des génies... Bien sûr à l’angle de 60’s et des 70’s, ils sont un paquet à avoir mis les pouces : Hendrix, Joplin, Jones... Mais bon, tu étais trop jeune pour même savoir qui c’était, alors... Et puis quand le tour de Lennon est arrivé, là tu as quand même pris un bon coup derrière la cafetière. Mais tu t'es dit que c’était un accident, et surtout, le grand John, il faisait plutôt figure de père que de frère. Depuis, d’autres ont disparu et ça ne t'as pas franchement réjoui : Marley, Dury, Buckley, Moon, Harrison... Des tas d’autres encore. Mais bon, tu te disais "c’est la vie"... Non, le vrai choc que tu imaginais ne jamais vivre (tant que ça n’est pas arrivé, on se persuade assez facilement que c’est impossible) c’était que ça tombe sur Aubert ou Morissey, par exemple, ou... sur lui.

Et puis merde... c’est arrivé. Comme dans un mauvais rêve : tu passe devant le kiosque et tu tombes sur la une de Libé avec le mot "clash" dedans. Et parce que, depuis presque 25 ans, ce mot t’accompagne comme un second nom de famille, tu jettes un œil distrait. C’est quoi aujourd’hui ? Clash boursier, clash entre Chirac et Raffarin, entre Perpère et Fernandez ? Quoi, "Années punk" ? Alors tu t’approches et tu découvres ce titre annonciateur d’orage "Le clash des années punk". Tu subodores un truc que tu ne vas pas aimer, et dans la même fraction de seconde ton cerveau comprend ce que tes yeux viennent de découvrir : un surtitre explicite "Le chanteur Joe Strummer est mort dimanche soir" et une photo pleine page du Strummer sus-nommé, de dos. Putain, non, tu n’aimes pas du tout cette une de Libé !

Parce que cette fois c’est différent. Cette fois, c’est une attaque personnelle. Pas de recul possible sur ce coup-là. Pas de détachement ou de fatalisme. Merde ! C’est pas un type de la télé ou du show biz qui vient de morfler, là. C’est Joe Strummer, c’est ta jeunesse, c’est ta famille, c’est ton grand frère !

Alors dans un réflexe à mi-chemin entre voyeurisme et incrédulité, tu tends ton billet au marchand de journaux. À moins que ce ne soit une marchande... De toute façon tu ne sais plus, tu n’es plus là, tu as 20 ans de moins et tu sautes dans tous les sens comme un fou à Mogador où les Clash jouent toute une semaine, et toi avec ! Et même le huitième jour à Pantin pour clôturer les dates Parisiennes. Tu oublies de récupérer ta monnaie, tu entends à peine le marchand de journaux te rappeler (ah, tiens, c’est un marchand). De toute façon, tu t’en fous, il peut se la garder sa putain de monnaie, il ira boire un coup en souvenir de Joe ! Toi, tu es ailleurs, dans ta chambre à écouter London calling en boucle, sur l’autoroute avec Combat rock au maximum...

Ce soir c’est Noël et tu te dis que tu viens de recevoir un des pires cadeaux possibles. Celui que tu aurais mis dans ton Top 5 culturel si un Nick Hornby macabre t’avait proposé ce genre de classement. Ce soir c’est Noël, tu vas faire bonne figure, mais dans ta tête vont résonner tour à tour ces dizaines de chansons qui t’ont façonné, d’une certaine manière. Qui t’ont construit. Qui t’ont fait appréhender le monde, pas seulement sur le plan musical, mais aussi politique. Qui t’ont montré le chemin de la dignité, de l’honnêteté intellectuelle, de la passion, de l’ouverture.

Dans ta vie, il y a eu l’avant et l’après Clash. Tu sais que ces quatre-là étaient les meilleurs de leur époque. Tu sais que de ces quatre-là, Joe Strummer était la tête, le meneur, la conscience. Tu sais que celui-là va terriblement te manquer... From here to eternity !


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Décembre 2002
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