TELEFON
TEL AVIV
Map of what is effortless
(Hefty / Chronowax - 2004)
1. When it happens it moves all by itself
2. I lied
3. My week beats your year
4. Bubble And Spike
5. Map of what is effortless
6. Nothing is worth losing that
7. What it is without the hand that wields it
8. What it was will never again
9. At the edge of the world you will still float
Trois
ans après le minimalisme somptueux de Fahrenheit fair
enough, voilà les Américains de Telefon Tel Aviv
de retour. Le groupe prend la tangente et fait la part belle
aux voix suaves sans pour autant renier ses bases musicales.
Je ne sais pas ce qu’ont les groupes indé en ce
moment, mais ils ne font pas dans la dentelle. Après
Blonde
Redhead qui passe du rock indé à la belle
et majestueuse pop sur Misery is a butterfly, voilà les
Américains de Telefon Tel Aviv qui, avec Map of what
is effortless, amorce un virage assez stupéfiant et très
réussi.
Avant de rentrer plus à même dans l’album
dont il est question aujourd’hui, un peu d’histoire.
Telefon Tel Aviv est un groupe américain composé
de Charles Cooper et Joshua Eustis. Formé en 1999, notre
duo n’a pas tardé à faire parler de lui
avec un Fahrenheit fair enough sorti en 2001, un de ces albums
parfaits qui feraient aimer l’électro minimaliste
à n’importe quel passionné obtus de rock’n’roll.
Savant mélange d’atmosphère légère
et de musique électronique, Fahrenheit fair enough avait
alors connu un grand succès d’estime.
Trois années plus tard, revoilà notre duo, bien
décidé à remettre le couvert sans pour
autant faire dans la redite. Qu’on se rassure, ce n’est
pas du tout le cas sur ce Map of what is effortless. Tout d’abord
car le chant fait son apparition avec les voix de Damon Aaron
et Lindsay Anderson (déjà présents sur
d’autres projets du groupe). Mais c’est surtout
par le changement de tonalité musicale que l’on
est frappé. Alors que Fahrenheit fair enough faisait
dans l’électro minimaliste, Map of what is effortless
propose de l’électro plus imposante, aux accents
soul (d’aucun diront r’n’b), et à la
grande orchestration.
La voix suave de Damon Aaron
Et il ne faut pas attendre pour se rendre compte de cet état
de fait. Ainsi, dès When it happens it moves all by itself
(le titre qui ouvre l’album), la production est léchée,
grandiloquente avec ces nappes de violons, derrière lesquelles
subsistent les beats électro qui ont fait la marque de
fabrique Telefon Tel Aviv.
Sur I lied, Damon Aaron apporte sa voix suave à un morceau
très soul-électro des plus réussis, et
qui est, ni plus ni moins, un vrai tube en puissance. Sur My
week beats your year, c’est au tour de Lindsay Anderson
de faire parler d’elle pour un titre assez dansant, où
l’électro bruitiste règne en maîtresse.
Bubble and Spike rappelle certains des meilleurs passages de
Fahrenheit fair enough : un morceau calme, apaisant, à
la rythmique pourtant imposante.
Un des grands moments du disque est le titre éponyme,
morceau de près de six minutes, où de majestueuses
orchestrations se mélangent à une délicieuse
ambiance électronique venue on ne sait d'où. Et
que dire du somptueux What it is without the hand that wields
it ! Angoissant à souhait, ce morceau rappelle le meilleur
du dernier album de Cathode, Special measures : beats appuyés,
rythmique obsédante pour une musique bruitiste à
souhait. Un régal !
Brillant, entêtant
Ce Map of what is effortless se termine par un petit bijou,
At the edge of the world you will still float, où la
voix sensuelle de Damon Aaron fait des merveilles. On pense
à Air pour la mélodie, à Craig Amstrong
pour la voix. Reprenant la trame musicale du premier titre,
ce morceau est un des sommets de l’album : brillant, entêtant,
les qualificatifs manquent pour expliquer la teneur de ce dernier
morceau.
Sans renier ce qui a fait son succès, Telefon Tel Aviv
a choisi une nouvelle orientation pour sa musique. En ajoutant
deux voix (qui remplissent parfaitement leur rôle), le
groupe prend le pari de plaire à un plus grand nombre.
L’accueil de ce disque est pour l’instant assez
moyen, certains lui reprochant une trop grande facilité
dans les compositions et un ton r’n’b assez repoussant.
On évoquerait même le mot mainstream. Ce qui fait
plutôt sourire quand on y pense. Avant de qualifier la
musique de Telefon Tel Aviv de mainstream, il y aurait bien
d’autres groupes à clouer sur la croix de la facilité
créatrice.
Map of what is effortless est un album vraiment parfait, mélange
de diverses sonorités, à la qualité indéniable.
Et c’est bien là tout ce qui compte.