TV ON THE RADIO
Return to Cookie Mountain
(4AD - 2006)
1. I was a lover
2. Hours
3. Province
4. Playhouses
5. Wolf like me
6. A method
7. Let the devil in
8. Dirty little whirdwind
9. Blues from down here
10. Tonight
11. Wash the day away
Voici
la déflagration de l’année, le disque le plus
terroriste et décapant, Return to Cookie Moutain de TVOTR,
témoin de la déliquescence de notre époque et
voyage intersidéral à la frontière des genres.
D’abord cette vision, ce constat tristement réaliste
de notre monde dévasté par les guerres. La nausée
que cela provoque, le vertige… Ground Zero et attentats en série,
déséquilibre de la terreur et violence exacerbée.
TV On The Radio semble réagir telle une éponge, absorbant
puis recrachant tout ce que l’inconscient collectif a emmagasiné
d’horreurs. Alors oui, on tient vraiment LE disque post-11 septembre,
celui qui fait l’état des lieux, celui qui n’a
pas peur de regarder les choses en face. Ni nostalgique, ni réac’,
Return to Cookie Mountain est un disque ancré dans une modernité
ébouriffante, un OVNI, un traumatisme. Rien que cette pochette
effrayante…
Puis tout commence avec un I was a lover apocalyptique, des voix de
blacks entremêlées sur fond de guitares que Kevin Shields
ou les frères Reid n’auraient pas reniées. C’est
la fin du monde orchestrée par Sonic Youth et Prince. C’est
le son du futur imaginé par des gars de Brooklyn autant influencés
par Bowie (d’ailleurs crédité sur le dantesque
Province), que par les champignons hallucinogènes, Public Enemy,
My Bloody Valentine, Neptunes, Liars, et les films de David Lynch.
Comme ce dernier, les TVOTR revisitent une Amérique hantée
et rongée par ses propres démons, mais quand l’un
nous fait tressaillir à grands renforts de travellings vertigineux
et malades, les autres nous rudoient à coups d’entrelacs
de guitares toxiques, de rythmiques éthiopiennes et de voix
hallucinées, le tout parfois déchiré par des
silences intenables, ou magnifié par d’impérieuses
mélodies, à faire pâlir Bloc Party de jalousie
(comme sur le titre Wolf like me, dansant et jouissif).
Vu sa complexité, sa jungle sonore inextricable, sa densité,
il est évident que ce disque demande à être écouté
et réécouté afin d’être apprécié
à sa juste valeur. En même temps, fans de hip-hop, d’electro,
de funk, de shoegazing, de doo-wop ou encore de post-punk pourront
s’y retrouver sans grande difficulté, la musique de TVOTR
surfant allégrement sur tous ces genres, voire plus. Il est,
en tout cas, fort à parier que l’on s’en souvienne
comme l’un des meilleurs crus de cette année. Voire de
la décennie. Littéralement.