1. The eraser
2. Analyse
3. The clock
4. Black swan
5. Skip divided
6. Atoms for peace
7. And it rained all night
8. Harrowdown hill
9. Cymbal rush
Ceci
n’est pas une chronique. Plutôt une confession. Ou un
repentir, exprimé avec d’autant plus de sincérité
qu’il émane d’un croyant de la première
heure qui a, peu à peu, pris ses distances avec la parole sacrée.
Hérétique ayant retrouvé, de fraîche date,
le droit chemin, je ne ménagerai donc pas ma peine pour clamer
à la face du monde la supériorité absolue, quasi
divine, de l’album solitaire de Thom Yorke. Momentanément
privé de la collaboration de ses apôtres, pardon, de
ses musiciens fidèles (Radiohead), son inspiration ne se trouve
en rien amoindrie. Bien au contraire, il délivre, avec The
eraser, un évangile sublime, propre à convertir les
plus réticents.
Pour preuve, le mécréant un peu obtu (et scandaleusement
décomplexé) que j’étais depuis bientôt
dix ans et un Ok computer trop ambitieux pour mes pauvres capacités
perceptives (pour ne rien dire de ses trois successeurs - Kid A, Amnesiac
et Hail to the thief), vient d’être frappé par
l’évidence, aveuglé par la beauté, assourdi
par la musique céleste de l’homme à l’œil
gauche figé : The eraser est un don du ciel et de son représentant
(musical) sur terre, Thomas Edward Yorke.
Neuf titres seulement, comme autant de commandements musicaux donnant
à entendre et à comprendre un musicien habité
qui trouve dans ce projet solitaire le moyen de se régénérer.
Loin des errements d’un groupe encensé par la critique
et suivi par un public fidèle, mais peut-être arrivé
au bout de son épopée créative. Rien n’était
parvenu jusqu’à nos oreilles depuis fin 2003 et, de l’aveu
même de ses membres, les tentatives de Radiohead pour donner
une suite à leur œuvre se sont toujours avérées
stériles depuis cette époque : "Nous n'étions
plus vraiment motivés. Quand Hail to the thief est sorti, tout
a commencé à nous sembler pénible : enregistrer,
donner des concerts... On avait l'impression d'être devenus
une sorte d'excroissance absurde... On se sentait mal à l'aise.
Il valait mieux arrêter."
C’est dans ce contexte difficile que Thom Yorke, chef de bande
incontesté, a choisi la voie (presque) solitaire, n’acceptant
que l’immense Nigel Godrich dans son univers clos et intimiste.
C’est d’ailleurs le producteur qui l’a convaincu
de la qualité des bandes enregistrées au fil des mois.
Ne restait qu’à y associer des textes qui sauraient traduire
les préoccupations humanistes universelles de celui qui, au
fil des ans, est devenu le prophète d’une jeunesse idéaliste.
Bidouillages électroniques fiévreux et modestes. Mélodies
subtiles, irrésistibles et envoûtantes, enfouies sous
les habits austères de l’exigeante noirceur de leur auteur.
Chant incantatoire susurré comme pour ne pas déranger
un monde qu’il veut pourtant bousculer… Chaque détail
de The eraser est précis (précieux), (dé)mesuré,
minutieusement agencé pour plonger l’auditeur dans une
sorte d’apesanteur sensitive entièrement vouée
à la perception de le cohérence de l’ensemble.
On pénètre cette œuvre sombre et indispensable
(vitale) comme un monde souterrain où la lumière serait
trop rare pour assurer nos pas, mais suffisante pour laisser percevoir
les splendeurs inouïes dont elle est faite. L’effaceur
dont il est ici question est, à n’en pas douter, celui
du monde tel qu’il est (moche), du monde qu’on laisse
dehors pour ne plus penser qu’à la beauté d’une
œuvre majeure. D’une parole sacrée et d’une
musique céleste.