1. Care of cell 44
2. A rose for Emily
3. maybe after he’s gone
4. Beechwood park
5. Brief candles
6. Hung up on a dream
7. Changes
8. I want her she wants me
9. This will be our year
10. Butcher’s tale (western front 1914)
11. Friends of mine
12. Time of the season
Le
monde de la musique a lui aussi ses injustices : le triste destin
du merveilleux Odessey and oracle des Zombies en est une sacrée
illustration !
Bien triste est l’histoire que je vais vous raconter. C’est
celle d’un groupe maudit, auteur d’un chef d’œuvre
absolu - que les initiés et les milieux autorisés placent
systématiquement au niveau du Sgt. Peppers des Beatles et du
Pet sound des Beach Boys - et qui n’en tirera qu’une gloire
anecdotique avant de sombrer rapidement dans un quasi oubli universel.
1961. Cinq étudiants anglais de St Albans jouent ensemble de
la musique pour s’amuser.
1964. Un tremplin rock. Un contrat chez Decca. Une pop délicate
et raffinée - très axée sur les claviers (Rodney,
le leader-compositeur, en maîtrise un grand nombre, de l’harmonium
au clavecin en passant par les orgues de tous poils) et le chant (chœurs
en abondance…et splendide voix du ténor Colin) - qui
a du mal à trouver son public.
1967. De merveilleuses compositions sous les bras, The Zombies - fraîchement
virés de chez Decca - obtiennent à l’arraché
une maigre enveloppe de 1000 Livres de la part de CBS pour entrer
en studio à Abbey Road. Clin d’œil du destin, c’est
le 1er juin, jour même de la sortie du Sgt Peppers (budget 25
000 Livres…), que Rod Argent (claviers), Chris White (basse),
Colin Blunstone (chant), Paul Atkinson (guitare) et Hugh Grundy (batterie)
- 22 ans de moyenne d'âge - investissent l’antre mythique
pour enregistrer à la vitesse grand V, sur des créneaux
intermittents et en mono (faute de mieux…) les douze imparables
morceaux dont il est ici question. Douze merveilles de pop music d’une
richesse et d’un cachet mélodiques absolument renversants.
Rien à jeter. Aucune faiblesse. Original, inspiré, lyrique,
enlevé, expérimental, légèrement psychédélique,
fourmillant d’idées (l’harmonium d’église
sur la poignante Butcher’s tale, l’utilisation du Mellotron
- instrument permettant de reproduire des ambiances d’orchestre
-, les fines harmonies des chœurs, l’exceptionnel jeu de
basse très en avant, les géniaux solos à l’orgue
Hammond…), l’ensemble est une réussite absolue
et évidente dont la beauté céleste bouleverse
autant qu’elle excite. Difficile de mettre en avant un titre
plutôt qu’un autre, mais il est vrai que le très
groovy Time of the season constitue à la fois un fabuleux épilogue
et un excellent résumé du disque.
1968. L’album est enregistré mais il n’est pas
sorti. CBS ne veut pas sortir un disque en mono… mais ne veut
pas non plus assumer le re-mixage. Rod et Chris (les autres sont dans
la dèche) devront payer de leur poche les 400 Livres nécessaires
au passage en stéréo ! Le projet n’avance pas.
On décide quand même d’un titre : Odyssey and oracle.
Terry, le colocataire de Chris, est professeur de dessin : il se chargera
de la pochette (carrément psychédélique, elle
! Une des plus laides de l’histoire de la quadrichromie, il
faut bien l’avouer…) et fait une faute d’orthographe
dans le lettrage. Plus de temps, plus d’argent : ce sera donc
Odessey and oracle qui sortira confidentiellement en avril 1968. De
toute façon, un mois plus tôt, le groupe, au bout du
rouleau, s’était définitivement séparé.
Colin a trouvé un boulot chez Sun Alliance Insurance, Paul
dans une société d’informatique et Hugh chez un
concessionnaire automobile. Les Zombies sont morts et enterrés
dans l’indifférence générale.
Et après ? Eh bien un producteur américain du nom de
Al Kooper tombe par hasard sur l’album. Il l’adore, le
fait sortir aux Etats Unis, le single Time of the season cartonne
dans les charts et c’est ce qu’on appelle un gros succès
posthume pour nos pauvres Zombies qui, tout revenants qu’ils
sont, ne décident pas de revenir pour autant. Au point qu’un
escroc fera tourner à leur place un groupe de faux Zombies
à travers les States, histoire d’optimiser un peu les
retombées… Tragique jusqu’au bout cette histoire,
non ?
Enfin bon, la plupart des Zombies reviendront à la musique
par la suite, mais toujours sur le réseau secondaire. Colin
Blunstone sortira des albums en solo dans les années 70. Rod
Argent formera le groupe Argent avec Chris White. Quant à Paul
Atkinson (décédé en 2004), il tirera le gros
lot en devenant manager du groupe Abba (puis, accessoirement, de Judas
Priest).
Odessey and oracle, perle rare au propre comme au figuré :
réédité en 1998 sur le petit label Big Beat (avec
une flopée de bonus, mais attention : abondance de biens nuit
et il faut savoir rester avant tout et absolument concentré
sur les 12 titres de l’album d’origine), il est ressorti
aux Etats-Unis en 2004 (label Fuel 2000, trouvable en import chez
Gibert Joseph). Encore des petits moyens pour un son globalement très
moyen. Ne serait il pas grand temps qu’une belle version voit
le jour ?
En attendant, contentez-vous déjà de ce que vous trouverez
: l’essentiel, c’est de redécouvrir sans tarder
cet incontournable pan caché de l’histoire du rock !