Un film chinois de Wong Kar-wai
Avec Tony Leung
Gong Li
Faye Wong
Takuya Kimura
Zhang Ziyi
et Maggie Cheung
Océan Films Distribution - 2004 - 2h00
Wong
Kar-wai a mis 4 ans pour tourner 2046, qui reprend le personnage
central d’In the mood for love. On se demande pourquoi
Quentin Tarantino n’a pas réfléchi 5 minutes
pour lui donner la Palme d’Or.
2046 est le nom du roman écrit par le personnage principal.
C’est aussi le numéro de la chambre où il
a aimé Su Li Zhen (Maggie Cheung). C’est également
le numéro de la chambre voisine de l’hôtel
qu’il habite. Chambre dont il épie les voisines
de passage.
2046, le nouveau film de Wong Kar-wai est à la fois la
suite et la relecture de In the mood for love, son précédent
film. On y retrouve Chow (Tony Leung) après la fin de
son histoire d’amour avec Su Li Zhen. Il est devenu écrivain
et se perd de corps en corps, de femme en femme.
Le spectateur retrouve également le formalisme cher à
Wong Kar-wai, les néons blafards, les rues gorgées
de pluie, les femmes toutes en chignon et robes des années
60, la musique sous forme de morceau emphatique ou de chanson
légère à la Nat King Cole. On y retrouve
également les ralentis et la manière de filmer
les corps et les visages qui n’appartiennent qu’à
l’auteur.
Le centre du film est le fait qu’on puisse rencontrer
l’âme sœur, mais que si on la rencontre trop
tôt ou trop tard, cela ne sert à rien. Ainsi Chow
croise quelques femmes remarquables, mais il ne les voit pas,
trop occupé à papillonner de peur de souffrir
autant que lors de la perte de la femme aimée (voir film
précédent).
Un des points forts de 2046 est sa manière de filmer
et de transcender la féminité. Qu’il s’agisse
de Gong Li, saisissante dans un rôle de veuve noire ou
Zhang Ziyi, bouleversante en femme légère rattrapée
par la flamme des sentiments. Qu’il s’agisse encore
de la lumineuse Faye Wong, fille de l’hôtelier et
femme symbole de ce qui aurait pu se passer, si on avait su…
Ces trois femmes ne sont en aucun cas les substituts de Maggie
Cheung. Elles incarnent plutôt les différentes
facettes de la féminité. Et permettent à
Wong Kar-wai de faire le grand écart dans sa palette
chromatique.
Parce que bon, on peut en parler des heures, mais ça
ne sert à rien. Si vous appréciez les films qui
sont avant tout d’une beauté à couper le
souffle, vous serez enthousiasmé par 2046, par ce merveilleux
objet qui vous prend dans ses filets et vous hypnotise. Si vous
vous interrogez sur ces mystères que sont l’amour
et le désir, vous succomberez également à
cette déambulation gracieuse dans le monde de l’amour
sans amour.
Si vous hésitez encore, sachez que 2046 contient quelques
passages de science-fiction onirique où les robots ont
un temps de retard avant d’exprimer leurs sentiments.
C’est beau, c’est une idée de grand cinéaste.