Un film américain
de Alejandro Gonzales Inarritu
Avec Sean penn
Benicio Del Toro
et Naomi Watts
ARP Selection - 2004 - 2h04
POIDS
LOURD
Emouvant et chaotique. En concassant sous nos yeux l'existence
de trois personnages forts, 21 grammes est un film qui secoue
et interpelle.
21 grammes, tel est le poids que perd l’être humain
quand il meurt. Vous perdrez peut-être vous-même
21 grammes en allant voir ce film car il nous entraîne
dans une ronde de malheurs qu’on appelle la condition
humaine et qui ne vous laissera pas indemne.
21 grammes, tel est le titre du second film du mexicain Alejandro
Gonzalez Inarritu. Après Amours chiennes, ce film en
est le prolongement américain. On y retrouve la thématique
de l’accident de voiture. Cela n’est pas innocent
quand on sait qu’Inarritu a commencé le cinéma
après la mort dans un accident d’un de ses enfants.
Voilà donc un cinéaste qui a l’ambition
de nous parler de notre vie sur terre avec toutes les implications
que cela signifie. Trois vies vont être concassées
par les répercussions d’un accident de voiture.
Trois vies interprétées par trois acteurs absolument
magnifiques.
Naomi Watts incarne Cristina, ancienne junkie, dont le mari
et les deux enfants vont mourir lors de l’accident de
voiture. Paul attend une transplantation cardiaque. Il a les
traits de Sean Penn. Bénicio Del Toro, lui, est Jack
un ex-taulard qui découvre la foi. On peut ajouter au
trio Charlotte Gainsbourg, compagne mal aimée de Paul.
Ces acteurs ont une telle force qu’ils vous prennent par
la main et vous entraînent dans le puzzle métaphysique
concocté par Inarritu. La construction du film, même
si elle apparaît labyrinthique au début, fait sens.
En effet, dans ce film, la fin est montrée au début
et le passé, le présent et le futur coïncident.
Nous ne sommes pas dans une temporalité linéaire,
nous sommes dans le temps. D’où l’impression
d’être dans un puzzle mais en même temps d’être
l’esprit qui permet aux pièces du puzzle de s’adapter
les unes aux autres.
D’où peut-être une des limites du film. Mais
il s’agit d’une limite noble. Si l’on fragmente
la temporalité, les destins finissent par se ressembler.
On vit, on souffre, on tente de se suicider, on meurt.
D’autre part, l’agencement de l’histoire nous
donne l’impression d’être embarqués
sur des montagnes russes où la tragédie côtoie
le mélo et il faut avoir le cœur bien accroché.
Si vous traversez une période difficile, allez voir une
comédie.
Car ce film étonnant vous marquera profondément
et devant les soubresauts de l’existence qui font de nous
des pantins, vous repenserez souvent à ces personnages
perdus dans cette ville triste des Etats-Unis et aux hasards
et coïncidences qui transforment à jamais votre
vie et celle des autres.