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     CiNéMa
 
A CINQ HEURES DE L'APRES-MIDI
 
Un film iranien de Samira Makhmalbaf
Avec Agheleh Rezaie
Abdolgani Youssefrazi
et Razi Mohebi

Bac Distribution - 2003 - 1h46
À 23 ans, Samira Makhmalbaf signe son troisième long-métrage et remporte un mérité Prix du Jury du festival de Cannes


À Kaboul, Noqreh, survit au milieu des ruines, avec son père, sa belle-sœur et son neveu, âgé de quelques semaines seulement… et quelques milliers d’autres réfugiés. Chaque jour, son père, fervent islamiste, la conduit à l’école coranique, celle où l’on apprend que les femmes sont inférieures aux hommes, qu’elles doivent se cacher, rester à la maison et s’occuper des enfants. Chaque jour, Noqreh quitte discrètement la courette dans laquelle est dispensé cet enseignement, enfile ses chaussures à talons et se rend dans une autre école. Là, une directrice quelque peu dépassée par les évènements tente d’obéir à son gouvernement en transmettant à des fillettes engagées les principes de la démocratie. L’enseignement y est pourtant là encore légèrement réducteur : les jeunes filles doivent "choisir" entre devenir institutrice, ingénieur, médecin, ou, synonyme d’un plus bel engagement encore envers sa patrie, Président de la République…

Qu’à cela ne tienne, Noqreh deviendra Président. Dans cet espoir qu’elle entretient et qu’elle partage avec son chevalier servant, poète et réfugié comme elle, elle trouve la force d’échapper à son quotidien : l’absence de nourriture, d’un lieu décent pour vivre, l’annonce du décès de son frère, la mort certaine à laquelle est voué le bébé qui n’a plus rien à manger… Coupant brutalement court à ses rêves, le père décide de quitter Kaboul, décidément devenue ville de tous les blasphèmes depuis l’invasion américaine et la chute des Talibans, pour gagner une citée plus "islamiste". L’enfant ne survivra pas à cette nouvelle épreuve…

Sur le rythme lent et lancinant qui semble caractériser la vie dans les pays arabes comme il caractérise les psalmodies des versets coraniques, Samira Makhmalbaf met en scène l’agonie de l’Afghanistan. Avec des images dures mais magnifiquement filmées, elle souligne, sans cependant sombrer dans le misérabilisme, les conditions de vie inimaginables dans lesquelles se débattent les Afghans. Bien sûr, il reste une lueur d’espoir : ces prémices de l’émancipation féminine qu’elle souligne. Mais combien de temps sera-t-il encore nécessaire pour évacuer un fanatisme religieux tenace et le pays sera-t-il capable de renaître de ses cendres en conservant ce cap et sans retour en arrière ?


Anne-Sophie Mehl
© Jowebzine.com - Août 2003
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