Un film français de François Ozon
Avec Valéria Bruni-Tedeschi
Stéphane Freiss
Géraldine Pailhas
Françoise Fabian
et Michael Lonsdale
Mars Distribution - 2004 - 1h30
Que
deviennent les histoires d’amour quand on aime mal ou
pas assez ou pas comme il faut. En radiographiant l’histoire
d’un couple, François Ozon nous livre sa réponse.
Aussi triste qu’une chanson d’amour italienne. Ti
amo ?
5X2, le dernier film de François Ozon, est la parfaite
illustration de l’existence pourrie menée par les
cadres des classes moyennes décrite par Michel Houellebecq.
Si vous voulez savoir comment naissent et meurent les histoires
d’amour des 35-40 ans, si vous voulez comprendre pourquoi,
dans notre société, il y a tant de célibataires,
de divorcés, de femme avec enfant, vous devez voir le
film d’Ozon qui radiographie les élans du cœur
de nos semblables.
Ce film se trouve également au carrefour de plusieurs
influences. On a l’impression d’assister aux noces
d’Ingmar Bergman et de Claude Sautet, sous l’œil
goguenard d’un adepte de la provocation persiflante. Le
début du film fait penser à Bergman, dont Ozon
revendique l’influence. Un couple divorce et se retrouve
dans une chambre d’hôtel. Les corps et les visages
sont filmés au plus près. Plus tard, dans un restaurant,
alors que sa femme accouche, un homme mange un steak. Dans cette
ambiance de brasserie flotte une désillusion que Sautet
lui-même approchait dans ses derniers films.
Et puis, comme nous sommes dans un film d’Ozon, nous avons
droit à une vision crue de l’humanité. L’homme
et la femme sont des petits tas de misérables secrets.
Nous sommes des êtres pathétiques, menés
par nos pulsions sexuelles et, parfois, nous voyons la beauté.
Ne sachant pas la saisir, nous préférons la salir.
Si vous avez lu les journaux, vous connaissez le principe du
film : saisir cinq moments de la vie d’un couple, en partant
de son agonie pour arriver à son éclosion. N’y
voyez rien de rhétorique : il s’agit pour Ozon
de raconter une histoire d’amour (et vous connaissez les
Rita Mitsouko ; en général, elles finissent mal)
en remontant à sa source. Et qu’y a-t-il, à
la source d’une histoire ? Autant de banalité que
de beauté.
Certains reprochent au film de montrer des personnes médiocres
pleines de défauts et de petitesses. Mais sans leur accorder
de chance, il n’exclut pas que ses personnages vivent
des moments de grâce.
Il serait peut-être temps de reconnaître qu’Ozon
est un des rares cinéastes intéressants de ce
pays et le remercier de sa régularité. Un film
par an, comme Truffaut ou Chabrol au temps de leur grandeur,
le cinéaste français est grand quand il n’est
pas dans la rétention.
Valéria Bruni-Tedeschi est la preuve vivante que la fragilité
n’est pas une faiblesse et que la beauté se fout
des normes. Comme Charlotte Gainsbourg, elle illumine l’écran
de sa démarche, de son allure, de sa chevelure.
Quant à Stéphane Freiss, les années lui
ont apporté une profondeur et une élégance
qui lui permettent de jouer la douleur et la fragilité
(oui, oui, comme Valéria) en maître. Ajoutons le
plaisir des seconds rôles (Michael Lonsdale, Antoine Chappey
et Françoise Fabian).
En bref, et pardonnez-moi à l’avance pour le jeu
de mot "tout pourri" : comme le disait Jean-Pierre
Elkabbach, quand il dirigeait le service public de l’audiovisuel
: Ozon !