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     CiNéMa
 
8 FEMMES
 
Un film français de François Ozon
 Avec Fanny Ardant
Emmanuel Béart
Danielle Darrieux
Catherine Deneuve
Isabelle Huppert
Virginie Ledoyen
Firmine Richard
et Ludivine Sagnier
 
Mars - 2002 - 1h43
8 Femmes. 8 femmes, autour d’un seul homme, Marcel, poignardé d’un coup de couteau à l’approche des fêtes. 8 Femmes. 8 tempéraments qui se découvrent et s’entrechoquent.

Parmi ces femmes, il y a l’épouse, maîtresse de maison grave et bourgeoise (Deneuve), sa sœur, acariâtre incomprise (Huppert) et leur mère (Darrieux), dont l’âge n’a en rien atteint la ruse et l’impertinence. Et puis, il y a les filles : la plus jeune, véritable garçon manqué (Ludivine Sagnier) et l’aînée (Ledoyen), fille faussement modèle qui rentre de province pour les fêtes. Il y a aussi la bonne, triste et seule (Firmine Richard) et la nouvelle femme de chambre, soumise et obéissante (Béart). Plus tard arrive la dernière, celle qu’on admire et qu’on redoute, la sœur du défunt (Ardant), vamp insolente et provocante.

8 Femmes. 8 frustrations qui se révèlent. Car au fur et à mesure, les masques tombent. Celle que l’on pensait invalide se lève, celle que l’on croyait serviable se rebelle… Au final, ces 8 femmes deviennent 8 mobiles, pour avoir tué Marcel, le seul homme de cette demeure isolée et curieusement coupée du monde.

François Ozon, qui a écrit ce film en s’inspirant (très librement) d’une pièce de théâtre tombée dans l’oubli, réussit un coup de maître. D’abord, il réunit 8 actrices au talent exceptionnel et a visiblement pris un plaisir immense à les réunir et à les filmer. Il cumule les tableaux où ces femmes se croisent, se consolent, se déchirent et se désirent. Ozon rend ainsi hommage aux actrices : à celles du film d’abord, car il joue avec leur réputation, et à toutes les autres (coiffures et costumes ne sont pas sans rappeler les grandes actrices des années cinquante). Il crée également un film de genre, indéfinissable : on y voit Deneuve et Ledoyen se livrer à une chorégraphie yé-yé, ou encore Huppert au piano qui interprète Message personnel de Michel Berger, avec un tel décalage dramatique qu’on ne peut s'empêcher d'exploser de rire.

Certes, le film, au départ, paraît déroutant, car Ozon, volontairement, rend ses personnages ridicules, tant physiquement que psychologiquement. Mais de coups de théâtre en coup de maître, on se prend au jeu avec un plaisir légitime, et il est indéniable que certaines scènes resteront dans l’anthologie du cinéma français (ah ! ce moment d’égarement entre Deneuve et Ardant…).

8 femmes, huit-clos kitsch, insolite et mystérieux, esthétique, musical et théâtral, irrésistible et jovial, il y a bien plus de 8 raisons pour aller voir 8 femmes…


Morgan Lavielle
© Jowebzine.com - Février 2002
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