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ADOLPHE

Un film français de Benoît Jacquot
Avec Isabelle Adjani
Stanislas Merhar
et Jean Yanne

ARP - 2002 - 1h42
Dans cette adaptation particulièrement réussie du court roman de Benjamin Constant, Benoît Jacquot, après La fausse suivante (avec Isabelle Huppert et Pierre Arditi), Sade (avec Daniel Auteuil) et, l’année dernière, Tosca (adaptation de l’opéra de Puccini) persiste à explorer les œuvres classiques.

Adolphe est l’histoire d’amour, au début du XIXe siècle, entre Ellénore, une femme mariée (Isabelle Adjani), et Adolphe (Stanislas Mehrar), un jeune homme pour qui elle est prête à tous les sacrifices… Drame passionnel somme toute classique qui repose entièrement sur la qualité de l’écriture dans le cas de l’œuvre de Constant, sur la qualité de l’adaptation et des acteurs dans le cas du film de Benoît Jacquot. Or, chacun dans son domaine, Fabrice Roger-Lacan (également auteur de Cravate club) et Isabelle Adjani ont su donner vie à une histoire gouvernée par les sentiments plutôt que par l’action.

Il est, en effet, des acteurs que leur talent particulier ou leur physique, voire leur inclination personnelle, cantonnent à certains types de rôles en dehors desquels on a du mal à les imaginer. Jean-Claude Van Dame ne sera jamais crédible dans les habits d’un séducteur délicat (question de talent), ni Gérard Jugnot dans ceux d’un justicier bodybuildé et impitoyable (là c’est plutôt une question de physique).

Dans le cas d’Isabelle Adjani, ce ne sont ni le physique ni le talent qui sont en cause, mais bien le goût prononcé qu’elle a pour les personnages au romantisme exacerbé. Et il faut bien reconnaître que la robe longue, le chignon sage et les émois à la fois tendres et violents lui vont particulièrement au teint.

Autant Charlotte, l’héroïne de La repentie de Laetitia Masson, nous laissait de marbre dans son indifférence figée, autant son interprétation d’une Ellénore fiévreuse et consumée par la passion coule de source et résonne comme une évidence.

Soutenue par la Présence (avec un P majuscule) de Jean Yanne, la mise en scène à la fois esthétisante et efficace de Benoît Jacquot fonctionne en parfaite harmonie avec des dialogues aussi riches que désuets… mais tellement efficaces et tellement évocateurs !

Au-delà du cercle des admirateurs d’une trop rare Isabelle Adjani, Adolphe mérite donc ce voyage dans le temps et dans les mœurs d’une époque révolue.


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Novembre 2002
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