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     CiNéMa
 
L'ADVERSAIRE
 
Un film français de Nicole Garcia
 Avec Daniel Auteuil
Géraldine Pailhas
François Cluzet
 et Emmanuelle Devos

BAC - 2002 - 2h09
On vit tous avec nos petits mensonges, nos petites faces cachées du personnage, notre petite mythomanie. Notre intimité fourmille de petits secrets, non-dits, exagérations, minorations des événements de notre vie. La réalité mérite souvent qu’on cherche à l’embellir ou à la travestir, alors on y va, on invente, on remodèle. Par fierté, par amour, par faiblesse, par jeu, par nécessité, par oubli… Et tout le monde s’en accommode : les dupes, les pas dupes et les autres. Ainsi va la vie. Cette vie qui, avouons-le, serait sûrement invivable sans ces petites hypocrisies.

Vous vous souvenez de l’affaire Romand ? Jean-Claude Romand a tué femme, enfants et parents plutôt qu’ils apprennent qu’il n’était pas, en fait, le brillant médecin détaché auprès de l’OMS qu’il a prétendu être pendant… 19 ans ! Mystifiée la famille, mystifiés les amis, l’entourage et tutti quanti… pendant 19 ans.

"Pourquoi et comment cela a-t-il été possible ?" est la question qui fascine tous les menteurs amateurs que nous sommes. C’est la question qui a fasciné Emmanuel Carrère (journaliste et romancier). C’est le sujet du film de Nicole Garcia.

Un film pesant, angoissant dès les premières minutes, où l’on suit médusé, impuissant et navré le parcours d’un père de famille apparemment normal, qui s’enlise progressivement dans les sables mouvants du mensonge. Par faiblesse, par lâcheté, par amour, par orgueil, il s’englue lamentablement devant nos yeux horrifiés. Par moment, on le sent presque prêt à réagir, à mettre un frein à la mascarade, à tout avouer. Mais la cruauté des circonstances (l’oreille qu’il va solliciter furtivement n’est jamais disponible au bon moment) alliée à sa personnalité taciturne et introvertie, l’entraîne inexorablement vers l’issue la plus dramatique qui soit : le carnage.

Filmé de façon magistrale (en allers et retours qui se recoupent, comme pour illustrer la spirale infernale), le film est une tragédie moderne, plantée dans la torpeur de paysages déprimants (vallée jurassienne brumeuse, entre boue et neige, parkings de supermarchés, cafétérias désertes…) et emmenée par des acteurs magnifiques. Daniel Auteuil, en tout premier lieu, fascinant dans le rôle principal.

Alors, pourquoi et comment cela a-t-il été possible ? Pas de réponse. Le film n’est pas une analyse. C’est pire : il se contente de décrire lentement un contexte, les faits et gestes d’un personnage qui symboliserait toutes les faiblesses de l’homme qui renonce à lutter contre son destin.


Roland Caduf
© Jowebzine.com - Septembre 2002
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