Un film américain de Michael Mann
Avec Will Smith
Jon Voight
et Mario Van Peebles
Peters Entertainment - 2002 - 2h38
Mohamed
Ali. Quel merveilleux sujet pour un cinéaste aussi talentueux
que Michael Mann (Heat, Revelations ). Quel sujet difficile aussi.
Difficile parce que vaste. Difficile parce que déjà
traité sur tous les modes et sur tous les tons. Du documentaire
introspectif au panégyrique sportif, du reportage sur lhomme
à celui sur la maladie, du premier combat à la flamme
olympique dAtlanta, le cas Ali a été étudié
sous toutes ses facettes. Toutes ou presque. Et cest dans ce
presque que Michael Mann sest engouffré. Dabord
en choisissant le cinéma de "fiction" plutôt
que le traitement journalistique, contrairement à William Klein
avec The Greatest ou Leon Gast avec le superbe We were the kings.
Ensuite en choisissant langle politique de la carrière
de lun des plus grands champions de tous les temps.
Or, malgré ce choix "politique", cest une véritable
saga étalée sur dix années (1964-1974) que le
spectateur est invité à suivre. Celle qui conduit Cassius
Clay à devenir Mohammed Ali. Celle qui voit émerger
un boxeur de pur génie, à la fois éblouissant
sur le ring et odieux avec ses adversaires. Un sportif doté
dune véritable conscience politique pour laquelle il
ne cessera de lutter avec tout le pouvoir que lui donne sa notoriété.
Et cest là le grand talent de Michael Mann : savoir mêler
étroitement scènes de combat et vie politique américaine.
Tout est intelligemment présenté, toute la complexité
dune époque où la ségrégation raciale
existe encore dans le sud des Etats-Unis ; toute lâpreté
des luttes de Malcolm X ou de Martin Luther King ; toute linfluence
nécessaire et le pouvoir manipulateur des Black Muslims.
On est loin, ici, des Rocky staloniens. On est loin aussi du portrait
sanctifié dun homme au-dessus du lot. Non. Formidablement
interprété par un Will Smith acceptant (provisoirement)
de ne pas faire du Will Smith, Ali est un film intelligent, passionnant,
qui reconstitue avec talent le climat dune époque et
la complexité dun homme. Mohammed Ali y est montré
avec ses faiblesses, ses compromissions, ses trahisons, son arrogance
mais surtout avec sa volonté, son génie et sa belle
gueule.
Michael Mann ayant pris soin de confier sa Bande originale au duo
Lisa Gerrard (ex-Dead Can Dance) et Pieter Bourke, Ali ne présente
aucune faiblesse et peut être classé demblée
dans la catégorie des très grands films 2002.