Un film français de Costa Gavras
Avec Ulrich Tukur
et Mathieu Kassovitz
Katharina-Renn - 2002 - 2h10
Encore
un sujet sensible pour Costa Gavras qui, décidément,
sest fait le champion des films difficiles mais importants.
Difficiles par la gravité des sujets abordés : la dictature
avec Laveu ou le passé de tortionnaire dun paisible
retraité (Music box). Importants parce quils touchent
aux questions essentielles de lhistoire et de la politiques
dans ce quelles ont de plus essentielles.
Avec Amen, cest une page sombre de lhistoire quaborde
Costa Gavras : le silence "assourdissant" de lEglise
catholique, et notamment de son plus éminent représentant,
face au génocide des Juifs.
Construit avec une rigueur quasi-documentaire, Amen plonge le spectateur
dans lAllemagne nazie de 1942 au travers du parcours dun
brillant ingénieur (interprété par Ulrich Tukur)
entraîné, contre sa volonté, à participer
au perfectionnement technique de la solution finale. Sa prise de conscience
rapide des desseins poursuivis par les SS et sa profonde piété
lamènent très vite à tenter dalerter
la hiérarchie Protestante puis Catholique. Las, il se heurte
à une fin de non-recevoir qui le désespère, mais
lui permet tout de même de rencontrer Riccardo Fontana (Mathieu
Kassowitz), jeune jésuite qui saura relayer son message jusquau
plus haut de la hiérarchie épiscopale.
Sans manichéisme mais sans complaisance non plus, Costa Gavras
prend le temps de présenter les points de vues et les arguments
contradictoires des partisans dune intervention du Pape pour
dénoncer les agissements nazis et ceux de Pie XII et de ses
conseillers, soucieux de ne pas mettre en difficulté ce bon
Monsieur Hitler, pourfendeur du communisme devant léternel.
Si la dimension artistique nest pas le premier des objectifs
poursuivi, Costa Gavras nen soigne pas moins sa représentation
de lAllemagne en guerre, dont les ressortissants sont partagés
entre fierté nationale, peur du lendemain et terreur de la
police politique. Il ne tombe pas non plus dans le piège de
la représentation de la Shoah. Pas de scène "naturaliste"
de camp de la mort, pas de reconstitution laborieuse : on ne peut
pas dire lindicible et Costa Gavras ne sy essaie même
pas.
Surtout, il argumente une théorie cohérente en peignant
un Vatican odieusement indifférent au sort du monde en général
(et des Juifs en particulier), bien plus soucieux de neutralité
et de préservation de ses intérêts matériels
que dun quelconque comportement héroïque.
A 50 ans de distance, les récentes chicaneries liées
à laffiche du film semblent montrer que, décidément,
lEglise place bien mal son honneur et sa susceptibilité.
Il y a dautres combats pour la justice à mener en ce
début de XXIe siècle, autrement plus cruciaux que celui-là
!