Un film américain de Robert Duvall
Avec Robert Duvall
Ruben Blade
Kathy Baker
et Lucianna Pedraza
Bodega Films - 2002 - 1H54
Un
film d'acteur à la fois fort et touchant qui, par bien
des aspects prend une allure testamentaire qui n'est pas le
moindre de ses charmes.
John J. est un vieux tueur à gage qui partage sa vie
entre ses contrats et la famille qu’il s’est construit
autour de sa compagne et de la jeune fille de celle-ci. Envoyé
à Buenos Aires pour y exécuter un homme qui tarde
à venir, John J. découvre le tango et le charme
sanguin des femmes argentines.
Le cinéma des grands acteurs des années 70 est
très particulier. Pour la plupart de ces dinosaures qui
sautent le pas (De Niro, Hooper et Pacino pour les plus connus),
l’exercice prend souvent le ton d’un narcissisme
plutôt bien calibré par l’envie de se raconter
à travers le personnage qui colle le mieux à leur
peau. Robert Duvall n’échappe pas à la règle.
Pour ce quatrième film, l’un des doyens du Nouvel
Hollywood enfile la panoplie d’un latin lover andropausé,
à la démarche fragilisée par un entrejambe
capricieux et des talons glissants, à la paranoïa
sénile mais au charme indéniable, encore capable
de dérouter une belle argentine de vingt cinq ans. C’est
un film étrange pour cette insistance d’autoportrait.
Duvall est de tous les plans ou peu s’en faut, il cabotine
du regard, avec ses quarts de sourires, sa raideur lombaire
et ses rides souriantes. Mais c’est l’autoportrait
d’un homme qui vieillit et qui tente comme il peut d’échapper
à la mort, celle que lui promet sa profession ou celle
qui naturellement ne tardera plus à le cueillir. Dans
les deux cas, celle qui mettra un point final à sa carrière.
Alors Duvall/John J. trouve la parade en échappant aux
balles de ses ennemis, en apprenant le tango et en rencontrant
des femmes qui ne sont plus de son âge.
Assassination tango est un film touchant en bien des points
mais c’est sans aucun doute par cet aspect tendrement
testamentaire qu’il est le plus prenant. L’invraisemblable
acteur de regard interprète ici ce qui s’approche
le plus du personnage idéal pour l’élève
de la méthode Stanislavski.
Produit par le vieux copain révélateur Coppola,
qui lui donna sans doute ses plus beaux rôles, Assassination
tango semble avoir eu du mal à traverser l’Atlantique.
Des complications de distribution qui trouvent leur point d’orgue
dans cette sortie aoûtienne plus que discrète (le
film est sorti le 18). Sera-t-il encore en salle mercredi ?
Si c’est le cas, n’hésitez pas trop entre
ça et Hellboy.