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     CiNéMa
 
BALZAC
ET LA PETITE TAILLEUSE CHINOISE


Un film chinois de Dai Sijie
Avec Zhou Xun
et Chen Kun

Bac - 2002 - 1h56
Quoi qu’on en dise, notre ego de petit français n’aime rien tant que se poser en héritier du siècle des Lumières et dernier bastion résistant encore et toujours à l’envahisseur anglo-saxon. Alors quand arrive du bout du monde, la Chine en l’occurrence, un hommage sincère à notre culture, on ne boude pas une seconde notre fierté et notre plaisir.

Et l’on a bien raison, car Balzac et la petite tailleuse chinoise est un excellent film. Voilà, c’est dit. Et croyez bien que ça n’avait rien d’évident quand on sait que : 1 - le film est adapté d’un livre admirable qui a connu, ces deux dernières années, un succès de librairie considérable (en poche chez Folio) ; 2 – la réalisation de cette adaptation est assurée par… l’auteur du livre ! Compte tenu de la méfiance traditionnelle pour le mélange des genres, on ne pouvait qu’être inquiet du résultat et de l’accueil du public. Quant à cet accueil, il est trop tôt pour se prononcer, mais le film en lui-même est magnifique.

Dans la Chine du début des années 70, la grande affaire est la rééducation des intellectuels par le travail. C’est ainsi que nous retrouvons Ma et Luo, deux amis d’une vingtaine d’années dont le tort principal est d’être fils de « bourgeois ». Envoyés cultiver les champs au milieu des montagnes, ils y font la rencontre de la petite tailleuse, en tombent amoureux et font son éducation au travers de traductions de classiques français qu’ils cachent précieusement : la possession de tels ouvrages est synonyme de procès politique et de lourde condamnation.

A la fois tragique (les conditions de vie, physiques et morales, épouvantables) et comique (quelles que soient les époques et les latitudes, trois amis de vingt ans, garçons et fille, ont des préoccupations, des amours, des passions, des puérilités de leur âge…) le film de Dai Sijie est un plaisir pour les yeux, pour le cœur et pour la raison. Pour les yeux parce que les paysages sont grandioses, parce que la photo est superbe et que la manière de filmer les gens est pleine de respect. Pour le cœur parce que l’histoire d’amour à trois qu’elle nous conte n’est jamais mièvre, ne se départit jamais de la gravité que le contexte général fait peser sur elle. Pour la raison enfin, puisque Dai Sijie a le souci de ne jamais être pesamment démonstratif. Il ne manque pourtant pas de traiter des rigueurs politiques de l’époque : autocritique, procès politiques, culture officielle, autodafé, pénurie de biens de première nécessité, tout y est…

Et surtout, Balzac et la petite tailleuse chinoise a l’ultime élégance de ne pas livrer le mystère du destin de son héroïne. Cette petite paysanne illettrée qui a appris à lire et à écrire avec Dumas, Balzac et Flaubert et a décidé un beau jour de planter là ses deux mentors pour partir à la conquête d’un monde dont elle ne soupçonnait même pas l’existence quelques mois plus tôt.

Ne manquez pas ce rendez-vous avec la sensibilité et le plaisir de vivre, d’aimer et d’apprendre. Avec un film sur la révolution culturelle qui donne envie de relire Le comte de Monte Cristo, Eugénie Grandet et Madame Bovary…


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Octobre 2002
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