Un film français de Gilles Marchand
Avec Sophie Quinton
Catherine Jacob
et Laurent Lucas
Haut et Court - 2003 - 2h06
Un
premier film prometteur réalisé par le scénariste
de Harry, un ami qui vous veut du bien. La froideur du milieu
hospitalier et le manège inquiétant d'un bien
étrange chirurgien : frissons garantis.
Premier film et débuts prometteurs pour Gilles Marchand
qui nous livre, avec Qui a tué Bambi ?, une petite perle
d'angoisse et de peur. Mais il faut dire que s'il débute
en qualité de réalisateur, Gilles Marchand n'en
est pas pour autant novice dans le 7e art. Il a même à
son actif, en tant que scénariste, deux films français
marquants de ces dernières années : Ressources
humaines de Laurent Cantet, et surtout Harry, un ami qui vous
veut du bien de Dominik Moll.
Pour Qui a tué Bambi ?, il se charge d'ailleurs à
nouveau du scénario (on n'est jamais si bien servi…)
et sollicite Laurent Lucas qui, du rôle de victime dans
Harry, passe ici à celui de bourreau. Il faut dire qu'il
a la gueule de l'emploi, Laurent Lucas, avec ce visage étrange,
cette expression indéchiffrable pouvant se métamorphoser,
d'une seconde à l'autre de brave type sympathique en
monstre de perversion froide.
C'est d'ailleurs bien sur cette ambivalence que joue Gilles
Marchand en lui confiant le rôle du professeur Philipp,
un éminent chirurgien opérant dans un centre hospitalier
ultramoderne et glacial du centre de la France. Et glacial est
bien le maître mot de ce film. Dans une sorte de Gattaca
contemporain (pour le climat, pas pour l'intrigue), Gilles Marchand
fait évoluer ses personnages dans des couloirs immaculés,
vides et froids, sillonnés seulement de quelques soignants
en blouses blanches et, à toute heure du jour et de la
nuit, par l'inquiétant chirurgien. Que manigance-t-il,
la nuit, quand dort cette "cité médicale"
? C'est ce que va découvrir Isabelle, jeune apprentie
infirmière qui, à force d'indices concordants
va finir par comprendre qui est réellement le professeur
Philipp.
Durant deux heures, Gilles Marchand prend le temps d'instiller
lentement une angoisse poisseuse qui ne lâche jamais le
spectateur. Il prend le temps de jouer sur nos peurs du milieu
médical, sur nos angoisses face à la maladie et
à l'opération, sur notre totale sujétion
aux détenteurs du savoir, les chirurgiens. En ne sortant
jamais du cadre de l'hôpital, il nous enferme et nous
rend aussi faibles que son héroïne que le professeur
Philipp surnomme Bambi parce que, lui dit-il, "comme le
petit personnage de Walt Disney, vous ne tenez pas sur vos jambes"
(Isabelle souffre d'un léger dysfonctionnement de l'oreille
interne qui peut lui procurer quelques malaises et courtes pertes
de conscience).
Plus que le scénario, c'est son habileté à
filmer de façon très inquiétante des scènes
courantes qui est la marque de ce premier film. Gage de réussite
: à force de frissons et d'angoisses, on ne sort pas
très détendu de ce film de genre assez rare sous
nos latitudes. Gilles Marchand aurait peut-être gagné
à densifier un peu son propos au montage, mais on lui
sait gré de nous avoir maintenu en haleine par sa virtuosité
de réalisateur.