Un film français de Gérard Jugnot
Avec Gérard Jugnot
Jules Sitruk
et Jean-Paul Rouve
RF2K - 2002 - 1h40
Gérard
Jugnot aurait pu intituler la première partie de son
film "Scène de loccupation ordinaire".
Monsieur Batignole, charcutier de son état, est le prototype
du "brave" type qui assiste impuissant (indifférent
?) au spectacle ignoble de loccupation entre couvre-feu,
rationnement, dénonciation et déportation des
juifs. Et puis après tout, cest vrai quelle
offre des opportunités cette guerre. Dabord, comme
le dit si bien son épouse : "On a perdu la guerre,
mais on na pas perdu lappétit !". Ensuite,
parce que lorsquon est doté, comme lui, dun
(presque) gendre collabo, on peut bénéficier davantages
non négligeables comme, par exemple, une camionnette
de livraison flambant neuve (un coup de peinture fera laffaire
pour recouvrir les nom et adresse du fourreur juif ancien propriétaire),
un lucratif contrat de traiteur avec la Kommandantur ou un magnifique
appartement soudainement libéré par leurs anciens
occupants juifs.
Seulement voilà Quand Simon, le plus jeune fils
de lancien propriétaire revient sonner à
la porte de son ancien "chez lui", Monsieur Batignole
se découvre plus de compassion et de conscience que sa
faiblesse ne le laissait supposer.
Cest un beau sujet que Gérard Jugnot aborde avec
un Monsieur Batignole où il porte la double casquette
de réalisateur et de rôle-titre. Un beau sujet,
mais également un sujet difficile. Comme être attendrissant
sans être larmoyant ? Comment être faible sans être
méprisable ? Comment être courageux sans être
héroïque ? Comment être un homme dans une
période où ils nétaient pas si nombreux
?
Gérard Jugnot a su éviter tous ces écueils
et faire un beau film, plein dhumanisme, démotion,
de personnages habités. Tout sonne juste dans Monsieur
Batignole. Les rôles sont tenus avec talent par des acteurs
qui leurs donnent une vraie épaisseur. Jules Sitruk est
un merveilleux petit Simon. Jean-Paul Rouve une sublime ordure
collabo. Jusquaux innombrables rôles secondaires
qui expriment avec tellement de force la diversité de
lâme humaine dans les périodes troubles.
On est loin de la superficialité de la récente
Rue des plaisirs,
par exemple. Si le mode narratif est plus conventionnel, lécriture
et les acteurs y sont bien supérieurs.
Décidément, Monsieur Batignole est un très
beau film qui sait faire rire, sourire et, occasionnellement,
tirer une larme au spectateur ému. Sorte de Vieil homme
et lenfant moderne où Gérard Jugnot aurait
enfilé lhabit dun Michel Simon insurpassable,
Monsieur Batignole mérite quon sy arrête
: une heure et demie pour le spectacle, beaucoup plus pour la
réflexion sur une époque pas formidable