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     CiNéMa
 
BATTLE ROYALE
 
Un film japonais de Kinji Fukasaku
 Avec Takeshi Kitano
 
TAA - 2001 - 1h53
Une histoire simple : une société qui a peur de ses jeunes (qu'elle est pourtant censé avoir éduqué) a mis au point un programme nommé Battle Royale, qui consiste à faire s'entretuer les élèves d'une classe de terminale, avec une morale du type : "Que le meilleur gagne !".

Difficile d'avoir une opinion tranchée de ce film après l'avoir vu.

Kitano est parfait et, si j'ose dire, comme toujours. Les autres acteurs aussi. La photographie est magnifique lorsque la caméra s'attarde sur le brouillard montant à l'assaut des cimes, ou un coucher de soleil sur la mer. C'est bien là le problème (le premier) : le film est violent, et la caméra s'attarde sur la beauté de la nature. Est-ce une métaphore pour dénoncer la violence des hommes face à une nature paisible ? Non, ici "c'est beau et con", car sans aucun fondement. Et cette vision de la nature est tout aussi gratuite que la mise en scène de la violence tout au long du film.

Le film démarre sur un prétexte : des adolescents dits violents dont la société des adultes doit à tout prix se protéger : jusqu'où peut aller une société qui a peur de ses enfants ?
Mais pourquoi doivent-ils se protéger, ces adultes ?
La seule piste donnée est l'agression à coups de couteau d'un professeur par un élève... Scène de violence ordinaire, pourrait-on dire. Mais cette piste est trop décevante : Battle Royale ne serait alors que la mise en image des fantasmes sadiques de tous les profs qui ne sont plus respectés par leurs élèves...Mais si les profs ne sont plus respectés, peut-être est-ce parce qu'ils ont cessé d'être respectables comme Kitano qui incarne dans ce film un prof-psychopathe au dernier degré qui prend un malin plaisir à voir s'entretuer ses élèves.

Superposé à cette trame, il y a aussi les histoires de cœur des lycéens amenés à s'entretuer. Ce n'est pas très original non plus que la jalousie et le déballage de méchanceté amplifiés par l'isolement et la loi imposée par le programme Battle Royale : "Il ne doit en rester qu'un !". C'est ici que le film s'avère le plus choquant : "Ce film accuse une société qui décide de la valeur d'un individu selon qu'il est gagnant ou perdant" ainsi que le rapporte Philippe Pons dans un article du Monde. Ce film n'est pas plus violent qu'Orange mécanique en son temps, mais il est inquiétant par la dérive morale qu'il montre.

Si je voulais terminer par une sorte de sophisme, je dirais :
"Ce film est violent,
le cinéma est traditionnellement un spectacle,
la violence est-elle un spectacle ?"

En fait, je pense que la violence n'est pas un spectacle, au contraire, mais j'ai envie de croire que "Beat Takeshi" ne s'est pas commis avec un réalisateur de série B classique (Kinji Fukasaku). Tous les films que Kitano a réalisé ou produit dénoncent la violence. Celui-là ne fait pas exception. Si j'ai été déçue, c'est que j'attendais quelque chose de plus abouti, sans morale "happy end" ridicule (à croire que les producteurs étaient en partie américains), alors que les actes qui sont perpétués dans le film s'embarrassent rarement de morale. Ce film n'incite pas à la violence, même s'il n'a pas su éviter certains écueils. En fait, il y aura toujours des gens pour penser que certains films incitent à la violence. C'est faux, il y a par contre toujours des personnes faibles ou influençables, capables d'oublier les frontières entre réalité et fiction, mais n'est-ce pas le rôle de l'éducation et des adultes justement, de prévenir ce genre de dérive, sans pour autant recourir aux méthodes extrêmes dénoncées dans le film ?


Alexandra Grandmougin
© Jowebzine.com - Novembre 2001
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