Untitled Document
 

     CiNéMa
 
JOUE-LA COMME BECKHAM

Un film anglais de Gurinder Chadha
Avec Parminder Nagra
Keira Knightley
et Jonathan Rhys Meyers

Metropolitan - 2002 - 1h52
Il faut bien l’avouer, l’affiche de la rencontre n’avait, a-priori, rien d’exceptionnel. Tout juste digne d’un milieu de classement. Disons, pour les spécialistes, l’équivalent d’un Bolton - Sunderland. Un jeu à l’anglaise trop prévisible et pas de star ni d’artiste reconnu du ballon rond. Bref, rien qui puisse susciter l’enthousiasme. Et puis, comme ça arrive parfois, sous le regard incrédule de spectateurs qui ne croyaient pas être à pareille fête ce soir-là, le feu sacré s’empare de tous les joueurs et le match devient époustouflant.

Les amateurs de foot l’auront compris et les autres ne vont pas tarder non plus à s’en rendre compte : Joue-la comme Beckham n’est pas une comédie moyenne de Premier League, mais bien une rencontre au sommet de Ligue des Champions !

Jess, une charmante jeune fille d’origine hindoue, n’a qu’une idole, David Beckham, et qu’une obsession, jouer au foot. Deux passions pour le moins mal vues par sa famille qui n’envisage pour elle qu’études sérieuses et mariage heureux… avec un Hindou. Elle joue pourtant en cachette, dans le parc avec les garçons et finit par se faire "repérer" par Jules (diminutif surprenant de Juliette), vedette de l’équipe féminine locale qui l’encourage à venir participer à un entraînement. Comme Jules, Joe, leur coach, tombe sous le charme du talent de Jess. Un avenir prometteur lui est ouvert, mais ses parents ne l’entendent pas de cette oreille...

Réalisé par une femme (forcément une femme), Gurinder Chadha, Joue-la comme Beckham est sans conteste un film grand public, d’ailleurs revendiqué comme tel : "J’avais envie de faire un film très personnel, mais qui puisse plaire à un très large public. J’ai donc combiné la passion des Anglais pour le football et la passion des Indiens pour le mariage". Mais plutôt qu’une comédie gratuite à base de situations burlesques, Gurinder Chadha à choisi de faire passer les messages qui lui tiennent à cœur : "Le football est plutôt une affaire d’hommes, et je voulais renverser ça en axant le film sur une jeune Indienne. C’est une métaphore sur les femmes qui essaient de réaliser leurs rêves dans un monde dominé par les hommes".

Et effectivement, tout y est : l’amour, les traditions, le football féminin, les problèmes de l’adolescence, l’homosexualité, le libre-arbitre... L’ensemble passé au filtre des questions communautaires (intégration, 2e génération, etc.), mais surtout de l’humour et de la sensibilité. Pour peu que l’on se prenne d’affection pour l’un ou l’autre des personnages (et comment faire autrement ?), on sourit, on rit et on pleure (si, si) sans arrière pensée ni cette désagréable impression de se faire rouler dans la farine par des producteurs chevronnés.

On trouve même quelques vrais morceaux de football à l’intérieur, comme cette scène d’ouverture d’anthologie qui nous plonge au cœur de l’imaginaire de Jess, rejouant par la pensée un match de Coupe d’Europe entre Anderlecht (prestigieux club belge) et Manchester United (qu’on ne présente pas), au cours duquel, devant 70 000 spectateurs en délire, elle marque le but sur une passe magique de David Beckham. Miracle des effets spéciaux : la scène est criante de vérité. Miracle de la sensibilité : quel gosse n’a pas imaginé mille fois ce genre de situation ?

Répétés dix fois, vingt fois, ces petits miracles de finesse, d’intelligence, de drôlerie et d’humanisme forment une comédie dense et réussie qui remporte la coupe haut la main. Il y a longtemps que l’on n’avait pas été aussi heureux en sortant du stade. Euh... d’une salle de cinéma !


Joël Fompérie
© Jowebzine.com - Novembre 2002
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés