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LES BERKMAN SE SÉPARENT

Un film américain de Noah Baumbach
Avec Jeff Daniels
Laura Linney
Jesse Eisenberg
Owen Kline
William Baldwin
et Anna Paquin

Columbia TrisStar - 2006 - 1h21
New-York, 1986. Bernard et Joan sont mariés depuis plus d’une quinzaine d’années, vivent avec leurs deux enfants de 16 et 12 ans dans une sympathique maison bourgeoise de Brooklyn, pratiquent le tennis en famille et écrivent des livres. Mais depuis quelque temps, Bernard vend moins que Joan et la crise au sein du couple finit par éclater. Voilà, après un conseil de famille dans le salon, les Berkman se séparent. Et chacun va devoir apprendre à faire avec. Particulièrement les deux fils : Walt, l’aîné, fasciné par l’image du père intellectuel-cool ; et Frank, le benjamin, encore dans les jupes de sa mère. L’un comme l’autre va assister au démantèlement en règle des images idéalisées.

On est très loin du pathos harmonieux de Kramer contre Kramer que Robert Benton réalisa en 1979 pour éponger les larmes d’une Amérique découvrant le divorce de masse. Avec Les Berkman, on serait plutôt dans une comédie pas drôle de Woody Allen, un film indé new-yorkais autobiographique parfaitement apte à récolter quelques jolis prix à Sundance (ce qu’il a d’ailleurs fait, scénario et réalisateur) et, à n’intéresser qu’une poignée de salles de la côte est des Etats-Unis avant de se retrouver programmé sur les écrans estivaux du vieux continent.

En ce qui concerne la comédie pas drôle "allenienne", on n’est pas loin du compte. Les Berkman sont tournés comme les personnages d’un documentaire, caméra à l’épaule. Le scénario n’épargne personne et quand la cellule familiale explose, le père, la mère et les deux enfants deviennent irrésistiblement détestables, victimes de leur subite libération et de celle des autres membres de la famille. Comme Allen, Baumbach (scénariste de Wes Anderson) observe ces situations dramatiques avec une drôlerie discrète mais porteuse : le père, cédant pitoyablement à la drague d’une de ses élèves ; la mère cédant aux appels d’une sexualité trop longtemps en berne ; l’aîné qui tente de tout intellectualiser jusqu’à la nausée ; le dernier qui se met à boire. Outre Woody Allen, on pense aussi à l’inquiétant documentaire d’Andrew Jarecki, Capturing the Friedmans, où l’on assistait à la vie d’une famille américaine quotidiennement filmée par le père, jusqu’à ce que celui-ci soit accusé de pédophilie.

Ne nous y trompons pas, Les Berkman se séparent est une comédie mais son réalisme ne nous permet pas de nous esclaffer. On saisit très vite l’autobiographie de Baumbach dans son traitement très ciblé sur les fautes de chacun des personnages. C’est un œil plutôt tendre qu’il pose sur cette famille implosée, un regard indulgent. Alors oui, on retrouve bien là le cinéma indépendant new-yorkais qui fit les beaux jours du festival de Sundance, à cela près que, connaissant les codes, Baumbach s’en sert pour réécrire le personnage du père, ex-gourou des cours de lettres qu’il prodigue à l’université, se gavant de références littéraires et cinématographique jusqu’à rejouer sur une civière la mort de Belmondo dans A bout de souffle pour attendrir son ex-femme. Ce père irresponsable, rendu par la séparation à une existence qui ne se voudrait que plaisir et tranquillité et dans laquelle il se perd totalement en refusant de se rendre compte du drame qu’il vit. L’intellectuel new-yorkais qui se réfugie dans une existence livresque et n’a plus rien de sympathique ni d’attachant, quant à sa douce bohème, elle ne fait pas envie.

Au bout du compte, Les Berkman se séparent est un prenant portrait de famille, mis en scène avec beaucoup de pudeur et un humour en filigrane, servit par une poignée d’acteurs en parfaite adéquation avec le ton du film, une mention spéciale à Jess Eisenberg et à Owen Kline, respectivement l’aîné et le benjamin des Berkman qui sont étonnant de spontanéité.


Sébastien D. Gendron
© Jowebzine.com - Août 2006
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