Un film américain de Jonathan Glazer
Avec Nicole Kidman
Cameron Bright
Danny Huston
Et Lauren Bacall
Metropolitan Filmexport - 2004 - 1h40
Une
femme peut-elle tomber amoureuse d’un petit garçon
de dix ans qui prétend être son mari mort dix ans
auparavant ? une mise en scène simple pour une histoire
troublante.
Jonathan Glazer a signé un film intriguant et qui donne
envie de suivre sa carrière. Après avoir réalisé
des clips pour Radiohead ou Massive Attack, il a réalisé
Sexy beast en 2000, avec Ben Kingsley, polar un poil saignant.
Changement de registre complet aujourd’hui avec Birth
qui vient de sortir en salle.
Birth est un conte fantastique situé dans les quartiers
huppés de Manhattan. Fantastique n’est pas un jugement
de valeur, mais se réfère au genre du fantastique,
l’intrusion de l’imaginaire dans la réalité.
Au début du film, un homme fait un très long jogging
dans Central Park. Puis il s’écroule, terrassé
par une crise cardiaque. Dix ans plus tard, on annonce le mariage
proche de sa veuve, Anna, avec Joseph, un homme d’affaires.
Survient un gamin de dix ans, qui s’appelle Sean comme
le défunt et prétend être le mari d’Anna.
Sa présence est mutique et Anna ressent un trouble inexplicable.
Anna est interprétée par la Kidman, qui est l’équivalent
aux actrices du Stradivarius pour le violon. Elle est diaphane,
elle a les cheveux coupés courts, à la garçonne.
On ne voit qu’elle. Enfin non, on ne peut pas dire ça
si l‘on tient compte des autres actrices : Lauren Bacall
ou Anne Heche.
La facture du film laisse perplexe. Parce qu’il n’y
a rien à lui reprocher. Les plans sont léchés,
l’image parfois granuleuse. Glazer prend son temps, lors
du jogging mais aussi lors d’un long plan fixe de Nicole
Kidman où l’on voit les émotions défiler
sur son visage. Non, ce qui laisse perplexe est que le film
est une parfaite illustration du film mais qu’il ne le
transcende pas.
Pour mieux dire, il s’agit d’un film très
bien construit, très bien réalisé. Cependant,
la mise en scène est peut-être de facture trop
classique. Une fois dit cela, ne nous détournons pas
de Birth car son scénario est absolument formidable.
Il se déroule jusqu’au bout sans jamais perdre
l’ambiguïté qui en fait son sel. Et ce scénario
est co-écrit par Glazer, Jean-Claude Carrière
en pleine perfusion Bunuelienne et Milo Addica qui a participé
à l’écriture d’A l’ombre de
la haine, qui a valu un Oscar à Halle Berry.
À l’heure où les élections Américaines
nous donnent envie de somnoler pendant quatre ans, ce film ainsi
qu’Eternal
sunshine… de Gondry, nous signale qu’on peut
encore faire des films pour adultes non décérébrés
aux Etats-Unis.
Birth est un film qui vous met subtilement mal à l’aise
pour peu que vous consentiez à entrer dedans. En sortant
de la salle, vous ressentirez un certain malaise et par la suite,
vous repenserez à cette drôle d’histoire,
à la patte de Carrière. Au fait que l’amour
demeure un mystère et qu’on ne se remet jamais
de la perte d’un être aimé.