Un film anglo-irlandais
de Paul Greengrass
Avec James Nesbitt
Haut et Court - 2002 - 1h47
Sujet,
réalisation, acteurs, tout dans le film de Paul Greengrass
mérite un hommage appuyé. Pas de ces compliments polis
qui saluent une oeuvre personnelle mais ennuyeuse. Non ici, cest
un véritable chef doeuvre pétri de conscience
politique, de tension et daction quil convient de saluer
et de recommander.
Outre une chanson de U2 (qui sert de musique au générique
de fin), le Bloody sunday (dimanche sanglant) dont il est question
ici fait référence au 30 janvier 1972. A cette époque,
la tension est à son comble en Irlande du nord, province à
majorité catholique de la protestante Grande-Bretagne. Entre
provocation, attentat et répression, le climat est proche de
la guerre civile que les extrémistes de chaque camp appelle
de ses voeux et tente de provoquer par tous les moyens. Dautres,
comme le député Ivan Cooper, pensent que cest
par la mobilisation pacifique mais déterminée que les
Irlandais obtiendront la reconnaissance de leurs droits civiques.
Ce jour-là, donc, ce sont plusieurs milliers dhomme,
de femmes et denfants qui, bravant linterdiction des autorités
britaniques, vont manifester pacifiquement à lappel de
lassociation des droits civils. Malheureusement, les forces
de lordres sont là pour casser du manifestant sous nimporte
quel prétexte et les jeunes émeutiers proches de lIRA
sont là pour leur donner loccasion de déclencher
des représailles. Et lorsque les paras anglais se retirent
du "champ de bataille", ils laissent derrière eux
près de 40 victimes civiles, désarmées, désemparées,
sur lesquelles ils ont tiré à balles réelles...
En choisissant un mode de narration qui doit tout au grand reportage,
Paul Greengrass réussit lexploit de nous plonger au coeur
de laction. Caméra à lépaule, il
fait de nous le témoin privilégié des événements
qui secouent Derry ce jour-là. On est tour à tour un
jeune sympathisant de lIRA, un proche conseiller du député
Cooper, un para décidé à casser de la racaille
irlandaise ou un membre de létat major du Général
McLellan. Secousses, trépidation, grain et couleurs "estompées"
de limage : tout concours à nous donner limpression
de revivre les événements grâce à des images
darchives. Jusquà la scrupuleuse honnêteté
du propos qui ne cherche jamais à caricaturer qui que ce soit.
Dès lors, le spectateur est happé dans cette spirale
infernale dévénements sanglants en étant
toujours aux premières loges, non comme un spectateur-voyeur,
mais bien comme un acteur. Avec les personnages de cette reconstitution
historique, on éprouve tour à tour de la peur, de la
colère, de la détermination, de la peine ou de la révolte.
Une expérience rare dans le cinéma moderne tellement
soucieux deffets spéciaux soigneusement conçus.
Bizarement, ce film majeur, tant par son thème que par son
traitement, est distribué dans peu de salles en france. Il
est pourtant urgent de le voir tant pour son intérêt
historique que cinématographique.