| Si
l’opérette est un genre qui vous touche au cœur,
vous allez adorer. Sinon, vous aurez l’impression de visiter
un musée particulièrement bien mis en valeur.
Gilberte (Sabine Azéma) est l’épouse heureuse
de Georges Valandray (Pierre Arditi). Celui-ci a la théorie
suivante : si un homme est le premier à posséder
une femme, celle-ci lui restera "sexuellement" fidèle
pour le reste de sa vie. Georges est persuadé d’être
le premier homme dans la vie de Gilberte. Mais la vérité
est tout autre. Lors d’un séjour aux Etats-Unis,
Gilberte a été mariée à Eric Thompson
(Lambert Wilson). Or Georges, qui est un homme d’affaires
prospère, décide de travailler en commun avec
un businessman américain. Son nom ? Eric Thompson.
Voilà pour la trame de Pas sur la bouche, une opérette
de 1925 de Maurice Yvain et André Barde. Pour que l’opérette
s’emballe, quelques intrigues supplémentaires
sont nécessaires. La jeune Huguette (Audrey Tautou)
est amoureuse de Charley (Jalil Lespert), mais celui-ci, artiste
contemporain n’a d’yeux que pour Gilberte. La
sœur de Gilberte (Isabelle Nanty) est une vieille fille
qui se désespère de trouver l’amour et
compense par l’agitation et de nombreux verres de porto.
Faradel (Daniel Prévost) est un autre prétendant
aux faveurs de Gilberte… et il a souvent le hoquet.
Ajoutons la concierge d’une garçonnière,
interprétée par Darry Cowl, et le compte des
interprètes est bon. On notera d'ailleurs que si Arditi
et Lespert ne semblent pas très à l’aise,
Isabelle Nanty et Audrey Tautou sont délicieuses dans
des registres différents.
Qu’Alain Resnais, cinéaste plus que respecté,
tente de nous faire goûter aux joies de l’opérette,
voilà qui nous intriguait. On se demandait comment
il allait "actualiser" ce genre dont le moins qu’on
puisse dire, quand on est de la génération des
enfants du rock, est qu’il apparaît obsolète.
Pour dire vrai, on espérait un miracle. Le genre de
l’opérette n’étant pas notre tasse
de thé, il fallait un traitement de choc, une thérapie
jubilatoire qui permette au genre de devenir autre chose.
Seulement voilà, Alain Resnais est demeuré le
petit enfant qui allait avec sa maman voir ce genre de spectacle
et qui adorait cela. Pour lui pas question de tourner les
conventions en ridicule. Il s’en amuse certes, mais
on a le sentiment qu’il met tout son talent de metteur
en scène, tout son sens des décors et tout son
amour des comédiens au service d’une toute petite
chose, qui n’en demandait pas tant.
Car tel est le paradoxe de ce film : sa mise en scène
est d’une suprême élégance. Les
acteurs sont tous très bons, même si certains
auraient dû continuer à prendre des cours de
chant. Malheureusement, Pas sur la bouche, à défaut
d’être du Molière ou du Feydeau, n’est
même pas au niveau d’un Francis Veber. La musique
est mignonnette, le texte hésite entre grivoiserie
et tradition du Marivaudage. Beaucoup de bruit pour rien ?
Reste le cas Resnais. Cinéaste d’une grande
élégance, on comprend qu’à son
âge, le temps de l’esbroufe soit terminé.
Il a voulu se faire plaisir en suscitant le nôtre. Sachant
qu’il adore les comiques tels que Laurel et Hardy on
peut lui suggérer de faire un film burlesque et muet.
Ainsi il ne sera pas trahi par un livret indigent.
Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Décembre 2003
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