Un film chinois de Johnnie To
Avec Richie Jen
Kelly Chen
et Nick Cheung
Pathé Distribution - 2005 - 1h31
Un
film de genre un tantinet ironique et décalé qui
n’en aligne pas moins d’interminables fusillades,
et dont on ressort saturé et légèrement
migraineux.
Amateurs de dialogues ciselés et de grandes envolées
lyriques, passez votre chemin. Johnnie To ne mange pas de ce
pain-là et, si vous en doutiez, le premier quart d’heure
de Breaking news vous le prouverait abondamment : on doit y
échanger, à bout portant ou presque, un bon millier
de coups de feu contre moins de dix mots ! Et, comble d’ironie
(ou de maladresse), cette déferlante de violence ne se
solde que par une poignée de blessés légers
ce qui, vous l’avouerez, est peu cher payé pour
tant d’efforts destructeurs.
Vous l’aurez compris, ce réalisateur-là
ne se prend pas très au sérieux et si sa première
scène est spectaculaire, la suite hésite constamment
entre film d’action classique et second degré ironique.
Pour preuve, son thème central : l’exploitation
des médias par les autorités… et son contraire.
Car c’est le choix délibéré de la
police chinoise que de convier toutes les télévisions
du pays à la traque et à l’arrestation d’un
gang de dangereux malfaiteurs. But de la manœuvre, redorer
un blason quelque peu terni par de récents revers de
fortune : la mise en déroute d’une escouade de
policiers par cinq malfaiteurs en fuite… le tout filmé
et retransmis en direct. Pourtant, ce show télévisé
monté de toutes pièces par la police va s’avérer
à double tranchant et les gangsters vont vite comprendre
tout le parti qu’ils peuvent tirer de la présence
des journalistes.
On ne conservera pas un souvenir inoubliable de cette interminable
fusillade entrecoupée de quelques clins d’oeils
ironiques sur les films de genre (tel l’impayable capitaine
Yuan, indestructible policier qui, malgré ses multiples
blessures, poursuivra sans relâche les bandits en fuite)
et d’un lucide décryptage du pouvoir des médias
à la fois manipulés (par les autorités)
et manipulateurs (de l’opinion publique). Rien de plus
donc, sauf peut-être un tenace mal au crâne provoqué
par cette quantité de coups de feu échangés
proprement hallucinante…