Un film américain de Jim Jarmusch
Avec Bill Murray
Jeffrey Wright
Sharon Stone
Frances Conroy
Jessica Lange
Tilda Swinton
et Julie Delpy
Bac Films - 2005 - 1h45
Depuis
Lost in translation, Bill Murray est devenu culte et tourne
chez les grands réalisateurs indépendants. Malheureusement
il tourne à vide. Une déception.
Don Johnston (Bill Murray) est un quinquagénaire un peu
largué. Il a fait fortune dans l’informatique,
mais sa vie semble un désert et lui, apparaît à
peine vivant. Un zombie pour tout dire. Une ombre qui passe
son temps sur son canapé à regarder la télé.
Au début du film, sa petite copine Sherry (la mignonne
Julie Delpy) le quitte. On la comprend.
Au même moment, une lettre arrive au courrier (enveloppe
et papier rose). Cette lettre lui annonce qu’il a eu un
fils, il y a vingt ans et que ce fils risque de prendre contact
avec lui. Dans l’état où se trouve Don,
cette lettre lui fait peu d’effet.
Elle en fait plus sur son voisin Winston. Celui-ci, Sherlock
Holmes amateur, trouve l’affaire intrigante et demande
à Don, qui fut jadis un tombeur, une liste des femmes
qu’il a séduit, vingt ans auparavant. Une fois
cette liste obtenue, Winston organise à Don un périple
afin de les lui faire rencontrer pour qu’il sache laquelle
de ces anciennes maîtresses a eu un enfant de lui.
Ne vous attendez cependant pas à un polar trépidant.
Nous sommes chez Jim Jarmusch, cinéaste de la déambulation
proche de l’absurde.
D’ailleurs Don Johnston, absent à lui-même
participe à ce long périple presque contre son
gré. Il déambule dans une Amérique plus
morte que vive. Et rencontre ces femmes comme on se penche sur
un passé poussiéreux qui n’existe plus.
Pour Jarmusch, le personnage incarné par Bill Murray
est un Don Juan d’après l’apocalypse. Et
son voyage n’est pas vraiment initiatique car on se rend
compte à la fin qu’il aura appris bien peu de choses.
Nous voilà donc plongés dans un road-movie où
le silence tient autant de place que le son. Don croise sur
son chemin Sharon Stone, Jessica Lange ou Frances Conroy (la
Ruth de la série Six feet under). Cela nous permet d’apprécier
les ravages du Botox et de la chirurgie esthétique. Ces
femmes, quoi qu’il en soit, sont bien plus émouvantes
et vivantes que lui.
Elles forment le tableau d’une Amérique à
la ramasse. À ce titre, la visite chez Frances Conroy
qui vit dans un lotissement de maisons préfabriquées,
est un modèle d’humour et de cruauté.
Mais bon, ce film est vendu comme un événement
et cela nous pousse à le considérer avec sévérité.
Mi-chair, mi-poisson, il ne comblera pas vos attentes. Et si
vous le voyez en soirée, vous risquez de vous endormir.
Il s’agit d’un Jarmusch en petite forme qui n’égale
pas son précédent, Ghost dog.
Une déception, en somme ? Ce qu’on nous présente
comme une comédie, peinera à vous arracher quelques
sourires condescendants.
Cela dit, pour finir sur une note positive, certains plans (notamment
le dernier) sont très beaux et la musique est sympa.
C’est bien le moins que l’on puisse attendre du
grand Jim.