Un film américain
de Steven Soderbergh
Avec Debbie Doebereiner
Dustin James Ashley
Et Misty Dawn Wilkins
Metropolitan Filmexport - 2006 - 1h13
Drame
de la jalousie dans un bled paumé de l’Ohio. Loin du
cinéma glamour qu’il maîtrise à merveille,
Soderbergh se paie le luxe d’être l’un des meilleurs
cinéastes indépendants.
Dans notre univers de mondialisation intellectuelle, il est quasiment
rédhibitoire de sortir un film aux Etats-Unis et de se planter
(c’est-à-dire d’avoir peu d’entrées
et de succès). Un bide aux States implique que la distribution
de votre film, quel que soit son intérêt, sera bradée
et sacrifiée, dans le reste du monde.
C’est ce qui arrive au dernier Steven Soderbergh, Bubble. Il
conviendrait d’évoquer ce film avec enthousiasme, voire
d’en parler comme d’un film oscillant entre intéressant
et extraordinaire ! Mais bon, ce film sort à la sauvette en
France, une semaine avant la concentration médiatique du Festival
de Cannes. Il est visible dans quelques salles (7 à Paris et
en région parisienne). Ne nous faisons guère d’illusions
: il y a fort à parier qu’il sera emporté par
la déferlante Da Vinci code, voire le Volver d’Almodovar.
En clair, Bubble est un film qui aurait mérité une meilleure
sortie en salles. On souhaite que dans 6 mois, sa sortie DVD, en France,
se fasse avec une meilleure lisibilité.
Aux Etats-Unis, ce film est sorti simultanément au Cinéma,
en DVD et en VOD (Video On Demand, vidéo à l’achat
sur Internet). Et malgré la réputation de Steven Soderbergh,
l’opération s’est avérée infructueuse.
Rétrospectivement, on comprend pourquoi, le miroir tendu à
l’Amérique profonde par l’auteur étant particulièrement
déprimant.
Parlons un peu du film en lui-même. Il se situe au cœur
de l’Ohio, où deux amis travaillent dans une usine de
fabrication de poupées. Dans ce trou paumé, la globalisation,
toujours elle, a fait des ravages. Il n’y a plus d’industrie
et la plupart des gens doivent assurer deux boulots s’ils veulent
obtenir un salaire décent.
Pour vous donner un ordre d’idées, on jurerait que ce
film est filmé par Ken Loach et selon des préceptes
pas si éloignés que cela du Dogme cher à Lars
Von Trier. Nous nous retrouvons au cœur de ce que nous serinent
les films indépendants américains depuis plusieurs années
: le rêve américain n’est plus et ceux qui s’en
sont réveillés, sont tellement sous le choc, qu’ils
ne parlent plus que par onomatopées ou phrases toutes faites.
L’amitié entre les deux amis (une quadragénaire
obèse et un post-ado mutique) se trouve chamboulée par
l’arrivée d’une jeune femme pour une semaine. L’entreprise
doit faire face à une commande importante et a donc engagé
cette jeune femme.
Il n’en faut pas plus pour qu’un drame survienne et que
la dernière partie du film prenne des allures de faux polar.
Bubble est un film absolument maîtrisé dans sa forme.
Le temps y est dilaté et on a l’impression que les 73
minutes de sa durée comptent double. Dans le fond, nous trouvons
à la fois une réflexion sur l’état mental
des laissés pour compte de la prospérité et un
drame qui renvoie à un élément fort de la mentalité
américaine : comment et pourquoi naît la violence.
C’est sûr : apparemment, c’est moins rigolo que
Camping mais ça remue davantage.