Un film français de Michael Haneke
Avec Daniel Auteuil
Juliette Binoche
Maurice Benichou
et Annie Girardot
Les Films du Losange - 2005 - 1h39
Mystère,
tension, malaise… L'ambiance n'est à la franche
rigolade pour le couple Auteuil-Binoche confronté à
un "corbeau" d'un genre un peu particulier.
On ne se penche pas sur les films de Michael Haneke comme sur
ceux de Patrice Leconte ou de Luc Besson, cela dit sans ironie
ni jugement de valeur intempestif. Simplement, le réalisateur
autrichien, au fil d'une carrière qui a rarement emprunté
les chemins de la facilité, s'est forgé une réputation
de rigueur et d'intransigeance artistique.
De ce point de vue, Caché est sans doute un film moins
exigeant que ses prédécesseurs les plus récents,
Le temps du loup et La pianiste, tous deux portés par
une Isabelle Huppert extraordinaire de force et de conviction.
En s'appuyant sur un duo d'acteur plus accessible (et néanmoins
irréprochables), Juliette Binoche et Daniel Auteuil,
et sur un scénario parfaitement lisible reposant tout
entier sur la notion de culpabilité, réelle ou
supposée, d'un homme qui a enfoui dans les souvenirs
troubles de son enfance un épisode peu glorieux de l'histoire
familiale, Michael Haneke se rapproche cette fois du grand public.
Aidé en cela par son Prix de la Mise en scène
à Cannes en mai dernier et le bruit médiatique
autour de sa sortie en salles.
Il n'en reste pas moins que Caché est un film d'une grande
intensité dramatique qui sait, d'un bout à l'autre
maintenir la tension dramatique d'une histoire qui tiendrait
pourtant en peu de mots. Jouant sur l'ambiguïté
de ses personnages et sur le pouvoir que lui procure le fait
d'être maître de la caméra, Michael Haneke
ne relâche jamais la pression autour de son couple vedette,
jusqu'à un dénouement roublard qui renvoie dos
à dos protagonistes et spectateurs.
A Cannes, en conférence de presse, le réalisateur
avait émis le vœu suivant : "Si vous écrivez
sur le film, de bonnes ou de mauvaises critiques, s'il vous
plaît, ne parlez pas de l'histoire. Ce film tire son pouvoir
de la tension. Si on en sait trop, il perd en intérêt."
Nous exaucerons donc ici ce double souhait : écrire une
critique positive (c'est fait) et nous taire sur l'histoire
(chut…).