Untitled Document
 

     CiNéMa
 
LE CAIMAN

Un film italien de Nanni Moretti
Avec Silvio Orlando
Margherita Buy
Daniele Rampello
Jasmine Trinca
et Giacomo Passarelli

Bac Films - 2006 - 1h52
Film brillant entre imaginaire cinématographique et réalité contestataire, Le Caïman sait autant nous émouvoir que nous inquiéter. Pour le dire autrement : un film qui fait du bien à la tête et au cœur.


Le caïman est le dernier film de Nanni Moretti. Il est sorti en Italie, voilà quelques semaine, juste avant les élections qui ont donné une courte victoire à la coalisation de la gauche. Il s’agit, bien entendu, du contexte dans lequel est sorti ce film et non du film lui-même. Mais en l’occurrence, le contexte est important puisque ce film a été conçu pour essayer de faire réagir les citoyens italiens contre le fascisme plus ou moins rampant institué par Silvio Berlusconi.

Dans notre beau pays, la France (n’oublions pas que, La France, tu l’aimes ou tu la quittes, mais tu ne la critiques pas !), le dernier film qui ait fait un carton récemment, c’est Camping… Alors, oui, on a du mal à imaginer qu’un de nos grands cinéastes aimés, nous propose un bilan des années Chirac et ce avant mai 2007. En France, comment le dire gentiment ? On est tous légèrement anesthésiés ou régressifs et on préfère se réconforter avec les beaux évènements du passé (Il y a vingt ans la mort de Coluche, il y a trente ans, l’épopée des Verts). On célèbre un passé mort et enterré (qui n’a donc aucune chance de revivre) plutôt que d’affronter le présent proche encore tiède.

Petite parenthèse : en Angleterre ou aux Etats-Unis, un téléfilm sur l’affaire Clearstream serait déjà en préparation…

Pourquoi cette gueulante, tout d’un coup ? Eh bien, parce qu’à la vision du Caïman, on est épaté par la maestria avec laquelle Moretti dresse un constat terrifiant des ravages d’un système tout en racontant une histoire émouvante, qui nous met souvent les larmes au bord des cils.

Cette gueulante, il faut la pousser également parce qu’une société libérale telle que nous la montre Moretti, où les plus petits sont systématiquement broyés et où on endort le bon peuple avec un imaginaire préfabriqué… Cette société c’est aussi la nôtre.

De même, gouverner un pays à coups de phrases démagogiques qui simplifient l’action politique et la réduisent en purée ou en slogan, n’est pas seulement l’apanage d’un démagogue transalpin. Nous avons, en France, un ministre de l’Intérieur, un Président ou un Premier ministre qui sont les joyeux compères de Monsieur Silvio. En tout cas, notre président partage avec Monsieur Silvio, le sens de ses propres intérêts et l’intérêt d’échapper à la justice.

L’histoire est celle de Bruno (Silvio Orlando) qui fut un producteur de séries Z (Maciste contre Freud), mais qui n’a plus rien produit depuis 10 ans. Par la suite d’un concours de circonstances, il va devenir le producteur du Caïman, film écrit par une jeune femme (la très bellissima Jasmine Trinca) sur l’ascension de Berlusconi.

Bruno est sur le point de tout perdre, sa femme, ses enfants, sa maison de production. Son parcours va devenir un chemin de croix. Mais finalement, Le Caïman se fera et Berlusconi sera interprété par Nanni Moretti lui-même, dans des scènes finales qui font d’autant plus froid dans le dos que Moretti prête à Berlusconi sa séduction. Et elle est peut-être là l’honnêteté intellectuelle : faire interpréter un politicien magouilleur par un homme séduisant, c’est admettre que le discours, s’il est méprisable, n’en est pas moins susceptible de plaire à tout un chacun…

Dans le Caïman, Moretti fait une synthèse réussie entre l’émotion que suscitait La chambre du fils et son intérêt bien connu pour la politique de son pays. Ce cinéaste gagne film après film en profondeur et en humanité.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Mai 2006
Untitled Document













Untitled Document
Copyright © 2001-2006 - Tous droits réservés