Un film sud-africain de Ntshaveni Wa Luruli
Avec Junior Singo
Innocent Msimango
Dana de Agrella
et Jean-Pierre Cassel
Eurozoom - 2004 - 1h30
Au
travers de la rencontre de trois enfants, La caméra de
bois est à la fois un tableau politique et une fable
poétique qui dresse le portrait d'une Afrique du Sud
minée par ses contradictions et le poids de son passé.
Certes, l'apartheid a officiellement disparu en Afrique du Sud.
Mais si la discrimination raciale n'est plus (ouvertement) d'actualité,
la discrimination sociale, elle, fonctionne à plein régime
et la vie est difficile dans les townships. C'est justement
dans un township que vivent Sipho et Madiba, deux jeunes garçons
liés par une indéfectible amitié. Pourtant
leur vie bascule le jour où ils découvrent un
cadavre près de la voie ferrée. Dans la petite
mallette ramassée près du corps, les deux gamins
trouvent un caméscope et un revolver. Sipho se saisit
du caméscope, Madiba de l'arme de poing : leurs destins
sont scellés.
En décrivant les itinéraires de ces deux enfants,
leurs aspirations, leurs trajectoires, leurs rencontres, Ntshaveni
Wa Luruli se paie le luxe de nous offrir deux films en un.
Le premier consiste en une description précise, quasi-documentaire,
de la société sud-africaine post-apartheid avec
ses contradictions schizophréniques et sa misère
endémique. Loin de virer au plaidoyer militant, cet aspect
de La caméra de bois se présente au contraire
comme un modèle de compréhension sensible des
difficultés colossales de ce pays miné en profondeur
par son passé.
Le second, plus proche de la fable, met en scène des
adolescents confrontés à la réalité
de leur pays d'origine. Difficultés de communication
entre les communautés, prédestination sociale,
passé honteux et avenir incertain. Outre les deux amis,
la figure féminine de la jeune Estelle, petite fille
gâtée (et révoltée) de la bourgeoisie
blanche, vient souligner le propos d'un cinéaste lucide
qui livre un portrait sans complaisance de son pays.
Sans complaisance, mais pas sans espoir grâce à
une fin qui, si elle évite brillamment le piège
du happy end, n'en offre pas moins au spectateur une bouffée
de bonheur salutaire et poétique.