Un film français de Christophe Ali
et Nicolas Bonilauri
Avec Denis Lavant
Isild Le Besco
Pascal Bongard
Shellac - 2006 - 1h20
Camille
a 17 ans cet été-là. Depuis des lustres, elle
passe ses étés dans le même camping, avec sa famille.
Tout le monde la connaît, l’a vu grandir et passer de
gamine à jeune fille délurée. Lorsque Blaise,
la quarantaine abîmée, débarque pour prendre le
poste de moniteur de voile, c’est une bouffée d’oxygène
pour Camille et une menace pour les hommes du camping. L’histoire
d’amour qui se construit alors entre Camille et Blaise prend
vite la tournure d’un drame obligatoire.
C’est le premier long-métrage de Ali et Bonilauri, tous
deux issus de l’université de cinéma de Paris
8. Comme dans tous premiers films, on note rapidement les rapprochements
et les influences. Dans ce Camping sauvage, on retrouve la peinture
populaire acide du Dupont Lajoie de Boisset, ces regards d’adultes
qui traînent sur l’anatomie dévêtue de Camille
; dans le personnage de Camille on voit Isabelle Adjani dans L’été
meurtrier de Becker, morne jeune femme qui chaloupe son physique attirant
sans savoir quand en jouer, ni avec qui, entre innocence et provocation.
Dès l’apparition de Blaise aux portes du camping, on
pressent le drame qui guette dans les jalousies multiples. Rien n’est
rafraîchissant sous le soleil de Lacanau, au bord de ce lac
où se trame le fait divers.
La force de cette histoire tient précisément dans le
traitement de ses personnages. Leurs histoires sont impeccables et
ciselées. Le père, triste quinqua délaissé
par sa fille au sortir de l’adolescence, qui ne peut qu’accepter
de la voir plaire aux autres hommes. Eddie, le directeur du camping,
bellâtre sur le retour qui, sous une tranquillité de
façade, cache un monstre potentiel. Fred, le petit copain de
Camille, latino bagarreur, qui du haut de ses vingt ans ne comprend
rien aux femmes. Et puis Blaise - Denis Lavant, toujours aussi renversant
- et sa vie lourde de père de famille sans le sou, qui va de
petits boulots en galères, et trouve dans Camille la possibilité
de s’enfuir. Tous les hommes de ce film sont autant d’yeux
qui poussent Camille dans les bras de Blaise. Lorsqu’un soir,
elle entre dans la tente de Blaise en lui disant : "Ils n’attendent
tous que ça", on est dans la fabrique d’une catastrophe
annoncée. La réalisation, caméra à l’épaule
dans la figure des personnages, ne laisse que peu de répit.
Alors on attend l’inéluctable. La prise de vue aérienne
sur le camping à la fin du film reste l’unique respiration
de cette histoire. Et ce n’est pas un survol réjouissant.
Camping sauvage est une bonne carte de plus dans le jeu de la production
des frères Dercourt, Les films à 1 dollar, qui depuis
moins de dix ans suivent un parcours cinématographique discret
mais volontaire. Une production qui porte bien son nom, le cahier
des charges de la maison tenant dans son titre : on tourne de bons
films avec ce que l’on a en poche.