Un film français de Jean-Pierre Améris
Avec Sandrine Bonnaire
et Jacques Dutronc
Pan-Européenne - 2001 - 1h53
La
mort. Cest là un bien lourd sujet auquel sattaque
Jean-Pierre Améris avec Cest la vie. Cette mort inéluctable,
dénominateur commun de tous les hommes et qui, pourtant, a
totalement disparu de notre univers. Aujourdhui, en occident,
on ne montre pas la mort : sujet éminemment tabou. Je ne parle
pas ici des fusillades grandiloquentes entre gangsters starisés.
Non. Je veux parler de la vraie mort, celle qui est longue à
venir, qui est précédée dune difficile
déchéance physique, dune lente agonie, souvent
digne, toujours insoutenable.
Pari ambitieux, donc, pour le premier film de ce jeune cinéaste
que daborder un tel sujet. Et, sans lombre dun doute,
le pari est gagné.
Tirant parti du travail entrepris par Marie de Hennezel dans son livre
La mort intime, filmé dans une maison de fin de vie, entouré
de malades et de soignants, Cest la vie touche au plus profond
du cur par sa justesse de ton, sa dignité et son respect.
Servi par deux acteurs principaux réellement hors du commun,
ce film est à la fois un témoignage précieux
et un grand moment démotion cinématographique.
Lui, Dimitri, atteint dun cancer en phase terminale, débarque
dans ce lieu où lon attend la mort entouré déquipes
soignantes dévouées et attentionnées. Elle, Suzanne,
bénévole sattache à ce patient pas tout
à fait comme les autres. La proximité de linéluctable
échéance aide chacun à dépasser les simples
apparences sociales et à se livrer plus librement à
la vérité des sentiments.
Il faut absolument insister sur la sensibilité de linterprétation
de Sandrine Bonnaire et Jacques Dutronc. Pas dinterminables
gémissements ou de grande scène de pleurs et de cris
hystériques. Au contraire, ce sont dans la voix, la démarche,
la lassitude de Dimitri que Jacques Dutronc fait passer lévolution
de sa maladie. Et ce sont dans les regards, les gestes ou une inoubliable
scène de larmes silencieuses que Sandrine Bonnaire montre la
tragédie, le destin de Suzanne : perdre, pour la seconde fois,
lhomme aimé.
Merci à Jean-Pierre Améris et à ses acteurs de
nous offrir ces moments de sensibilité et despoir, finalement.
Car à aucun moment, le propos ne se complait dans une quelconque
morbidité. Cest, au contraire, lextrême humanisme
et linaltérable vitalité de tous les protagonistes
de cette histoire (acteurs ou malades) que lon retient en sortant
de la salle.