Un
bref résumé s'impose, parce que nous ne sommes pas tous
des inconditionnels de Miyazaki et de ses chefs-d'uvre.
Retenue par l'armée, la jeune Sheeta séchappe
en sautant du dirigeable où elle est prisonnière. Contre
toute attente, après une longue chute, une lumière bleue
jaillit du médaillon qu'elle porte autour du cou. Elle commence
alors à flotter tout en continuant à descendre vers
la Terre. Un jeune garçon, Pazu, très intrigué
par cette lueur bleue descendu du ciel, lui vient alors en aide. Des
pirates les poursuivent ainsi qu'un mystérieux militaire nommé
Muska. Avant d'être finalement capturés par l'armée,
Sheeta explique à Pazu qu'elle est la descendante des rois
de Laputa, la Cité dans le Ciel...
Le Château dans le Ciel est un chef-d'uvre. Naturellement,
il a vieilli et le film aurait besoin d'un sérieux lifting
pour ne pas parler de la bande-son... Seule la musique a été
recomposée mais par un Joe
Hisaishi qui avait livré une bande originale bien supérieure
dans Le Voyage
de Chihiro. On était en droit de s'attendre à
mieux, compte tenu de son talent et du peu de contraintes qui pèsent
sur lui aujourd'hui (c'est ça le génie : pouvoir s'affranchir
des contraintes).
Mais c'est un film de 1986 qu'il faut juger et donc aussi replacer
dans son contexte. À qui la faute s'il ne sort que maintenant
? À nous, en partie, public européen, probablement pas
vraiment prêt pour un tel dessin animé en 1986, mais
surtout aux grandes majors de l'industrie du cinéma. À
lépoque, qui règne en maître incontesté
dans le monde du dessin animé ? Disney.
Le comique, c'est que c'est ce même Disney qui a acquis les
droits de diffusion (depuis 1996) dans le monde entier (sauf l'Asie)
de la majeure partie des films du Studio Ghibli. Pourquoi ? Parce
que malheureusement c'est l'argent qui régit notre monde. Que
le talent ne met pas à l'abri des vicissitudes du marché.
Et que si nous avons eu la chance de découvrir un chef d'uvre
comme Princesse Mononoke dans les temps, c'est parce que Disney en
a assuré la diffusion mais uniquement dans 200 salles parce
que Miyazaki s'est refusé au montage du film à la sauce
Disney (qui en échange le diffusait dans 2000 salles...). Mais
ces histoires de gros sous n'intéressent que les puristes qui
y voient une occasion supplémentaire de maudire Mr D... Ce
n'est pas ça qui m'intéresse, ce n'est pas le message
que je veux transmettre.
L'uvre de Miyazaki est universelle, car elle parle à
chacun de nous. Il est dommage de ne pouvoir emporter une caméra,
car filmer la salle serait riche d'enseignements. Même les plus
critiques ne peuvent s'empêcher de rêver devant un tel
film. Pourtant, le monde tel qu'il est représenté par
Miyazaki est loin d'être idyllique. Les enfants y sont molestés
par les adultes, ils doivent travailler pour exister (Pazu travaille
dans une mine). De plus contrairement à ce que l'on enseigne
en général aux enfants, il n'y a ni bons ni méchants,
juste des êtres humains avec leurs défauts et leurs qualités.
La cupidité des pirates qui poursuivent Sheeta ne fait par
exemple aucun doute, mais quelles que soient les raisons qui les poussent,
ils ne sont pas méchants au point de tuer.
Les films de Miyazaki n'ont aucune mièvrerie et sont sans complaisance
vis-à-vis du monde des adultes, montrés comme cupides,
bêtes ou assoiffés de pouvoir. La Nature y est magnifiée
au-dessus de tout mais pas de manière "débile".
Les animaux et les plantes restent à leur place.
Ce film, enfin, qui avait vu la création du Studio Ghibli,
nous laisse entrevoir tout le génie de Miyazaki encore à
l'aube de sa grande carrière. Tous les thèmes qui lui
sont chers y sont représentés, et des personnages-clés
y apparaissent. Ainsi la capitaine des pirates ressemble étrangement
à Yubaba, la sorcière de Chihiro.
Pour en savoir plus, il ne vous reste qu'à aller au cinéma.