Un documentaire français
de Karl Zéro et Michel Royer
Rezo Films - 2006 - 1h30
Fin
de législature, fin de quinquennat, fin de carrière…
fin des haricots ? Après plus de quarante ans passés
dans les allées du pouvoir, le paquebot Jacques Chirac sombre
tranquillement dans les eaux glaciales de l’opprobre généralisé.
À force de carriérisme effréné, de magouilles
politiques et financières plus ou moins discrètes et
de populisme éhonté, le "grand con", comme
l’appelait "affectueusement" le Général
De Gaulle termine pathétiquement un parcours qui l’aura
conduit, contre toute attente jusqu’aux plus hautes fonctions
de l’Etat.
L’heure de l’hallali a donc sonné et, aux casseroles
qui commençaient à s’accumuler dans son sillage,
succèdent livre (La tragédie du président de
Franz-Olivier Giesbert) et film (Dans la peau de Jacques Chirac) qui
sont comme autant de coups de grâce portés à un
homme déjà passablement affaibli…
On n’a pourtant aucune compassion pour un personnage dont le
procès à charge instruit par Karl Zéro et Michel
Royer (en attendant peut être d’autres procès autrement
plus douloureux) vient nous rappeler opportunément les turpitudes
passées (et en cours). On apprécie donc pour ce qu’il
est ce documentaire composé exclusivement d’authentiques
(précision d’importance tant certaines scènes,
totalement surréalistes, sont bien au-delà de ce que
peuvent imaginer les pourtant féconds scénaristes des
Guignols de l’Info) extraits de reportages et émissions
télévisées, soutenus par la voix off de Didier
Gustin imitant l’original pour une sorte d’autobiographie
aussi drôle que pertinente.
On ne se leurrera pourtant pas sur l’efficacité civique
supposée de ce genre d’exercice critique. On sait bien
que le prochain démagogue fort en gueule qui se présentera
usera des mêmes astuces éculées pour s’emparer
du pouvoir (quelque chose me dit que le présent serait ici
plus adapté que le futur…) et réussira dans son
entreprise sans coup férir et sous les acclamations du bon
peuple persuadé que cette fois, ça y est, "il tient
le bon"… jusqu’à l’inévitable
désillusion, la colère et l’élection d’un
successeur, plus jeune, plus ambitieux, plus démagogue encore…
Alors, même si le film de Karl Zéro et Michel Royer ne
risque pas d’influer d’un iota sur le résultat
des prochaines présidentielles, on ne se privera pas du plaisir
de rire, sourire… et pleurer (de rage) devant cette rétrospective
cruelle du demi-siècle écoulé de notre pays.
Cruelle pour le personnel politique en général, pour
Jacques Chirac en particulier, mais également pour les Français,
consciencieux et systématiques électeurs du pire des
candidats à eux proposé.