Un film allemand de Olivier Hirschbiegel
Avec Bruno Ganz
Alexandra Maria Lara
Corinna Harfouch
et Ulrich Matthes
TFM - 2005 - 2h30
Film
événement de ce début d'année 2005,
La chute est un très grand moment de cinéma, tant
par la rigueur de la réalisation que par l'interprétation
fascinante de Bruno Ganz.
La polémique est rude autour de La chute, mais le succès
est au rendez-vous : quatre mois après sa sortie événement
en Allemagne, le film difficile de Olivier Hirschbiegel semble
trouver aussi son public en France, et ça n'est que justice.
Car, disons-le d'emblée, La chute est un grand film.
De ces œuvres fortes qui fascinent, qui dérangent,
qui donnent matière à la réflexion politique
et philosophique. Et si un important débat entoure le
film, tous les historiens s'accordent à reconnaître
la qualité de son travail de reconstitution et de sa
réalité historique, auxquels s'ajoutent l'interprétation
extraordinaire de Bruno Ganz et un mode narratif d'une redoutable
précision.
Et, surtout, rien qui ressemble de près ou de loin, à
une justification ou une atténuation de la responsabilité
allemande dans les tragiques événements de la
Seconde Guerre Mondiale. À aucun moment Olivier Hirschbiegel
ne peut être taxé d'une quelconque tentative de
manipulation des spectateurs. Pas un mot, pas une image, pas
une scène qui ne fasse porter l'entière responsabilité
des événements au peuple Allemand et aux dirigeants
qu'il a porté au pouvoir. Jusque dans les terribles combats
du siège de Berlin, où il choisit de montrer à
l'œuvre les fanatiques zélateurs des milices civiles
nazies traquant dans les décombres les vieillards qui
se cachent pour ne pas mourir sur de dérisoires barricades
qu'on leur ordonne de tenir contre toute raison.
Et que dire surtout du cœur de ce film, de la peinture
minutieuse des derniers jours de la vie de Hitler enfermé
dans son bunker, de la folie dans laquelle sombre ce monstre,
de la déliquescence de ce pouvoir corrompu qui évoque
irrésistiblement la fin d'une secte fanatisée
dont les plus fous iront jusqu'au suicide quand les plus lâches,
dans leur méprisable bassesse, tenteront de fuir le cœur
du brasier qu'ils avaient allumé en chantant douze ans
plus tôt.
La chute est un grand film qui a su éviter tous les manichéismes.
Celui de l'édulcoration, on l'a dit, mais aussi celui
de l'excès inverse qui n'aurait eu pour résultat
que de décrédibiliser son propos. Ce film rend
Hitler "humain", entend-on ici ou là. Et quoi
? Etait-ce un Martien ? Cessons de prendre le public pour un
imbécile ignorant. Nul besoin de caricaturer pour convaincre
: le film de Olivier Hirschbiegel en est la preuve. Mais on
ne parle pas non plus des atrocités commises par les
nazis dans les années qui ont précédé
la chute de ce régime, entend-on également. Et
bien non, ça n'est pas le propos. La chute est une reconstitution
des derniers jours de Hitler, pas de son accession au pouvoir,
ni de ses guerres expansionnistes, ni de sa mise en œuvre
de la solution finale…
Autant de mauvais procès qui ne doivent pas masquer l'essentiel
: l'excellence d'une œuvre aussi salutaire pour le cinéma
que pour l'histoire. À ne manquer sous aucun prétexte.