Un film brésilien de Fernando Meirelles
Avec Alexandre Rodrigues
Leandro Firmino da Hora
et Matheus Nachtergaele
Mars Films - 2003 - 2h15
La
Cité de Dieu, tel est le nom donné à une favela
de Rio de Janeiro, bien connue de la police pour son banditisme quotidien.
Le film souvre sur une joyeuse bande denfants courant
dans la rue après une poule qui vient de séchapper.
Le sourire amusé du spectateur se fige bien vite lorsquon
les voit soudain, du haut de leurs 10 ans, dégainer leurs flingues
pour en finir avec cette satanée volaille. Le ton est donné.
À la fin du film, on ne serait même plus surpris de voir
une kalachnikov entre les mains dun nourrisson.
Nous suivons donc lhistoire de Fusée, jeune Carioca parmi
tant dautres qui, dans les années 60, grandit dans la
Cité de Dieu et veut devenir photographe, alors que la voie
facile pour survivre et gagner de largent, ici, ce sont les
braquages et autres petits larcins. Mais quelques années après,
les jeunes délinquants qui jouaient au foot avec lui sont devenus
trafiquants de drogue et maîtres de la Cité. Des rivalités
montantes vont mener à une vraie guerre, sanglante et meurtrière,
entre les clans des deux caïds locaux.
Le réalisme est le maître-mot de ce film puisque, non
seulement inspiré de faits réels, il met aussi en scène
une multitude denfants des favelas, des "vrais de vrais"
qui nont pas du tout lair de manier gauchement leurs armes
pour les seuls besoins du scénario. Le film est, de plus, tourné
sur les lieux mêmes de la vie, et donc de la criminalité,
dans les ruelles terreuses écrasées sous le soleil,
ou dans les appartements de dealers, là où aucune caméra,
ni voiture de police, naurait osé saventurer. Seuls
les rythmes entraînants de samba, au début, nous rappellent
que lon se trouve bien dans la ville du plus grand carnaval
du monde, au pays de la danse et de la fête.
Ce réalisme, justement, est tel que luvre en devient
bouleversante, simplement parce que dans notre société
bien rangée, où la plupart des enfants nont dautre
souci que de faire leurs devoirs de classe, on imagine mal leurs semblables,
à Rio, sortir un pistolet et "buter" quelquun
- selon leur propre terme - en se marrant. Le contraste est dailleurs
frappant entre leur langage cru et plein de barbarie, sorti qui plus
est de la bouche denfants, et cette langue, le portugais, à
la tonalité pourtant si paisible et chantante. Inutile de se
faire dillusions : au cur de la favela, même les
histoires damour se terminent dans le sang.
Ironie du gouffre entre les cultures européenne et sud-américaine,
ce film qui vient de sortir en France est interdit aux moins de 16
ans, histoire de préserver au maximum la sensibilité
de nos fragiles rejetons, alors quau même âge les
petits Brésiliens ont déjà tout vu et tout connu
de la violence la plus extrême, au point dêtre eux-mêmes
les héros du film.
Avec la Cité de Dieu, Fernando Meirelles a remarquablement
réussi le pari de réaliser un film plein de vie, alors
que paradoxalement il montrait la violence et la mort. On aura compris
que cette uvre est porteuse, avant tout et malgré les
apparences, dun message despoir.