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CŒURS

Un film français de Alain Resnais
Avec Sabine Azéma
Lambert Wilson
Pierre Arditi
André Dussollier
Isabelle Carré
Laura Morante
et Claude Rich

Mars Distribution - 2006 - 2h05
Rien n’est pire que la solitude dont nous nous accommodons. Alain Resnais ne nous embrasse pas sur la bouche, mais il nous serre dans ses bras.


Il n’y a pas de juste milieu concernant Cœurs, le dernier film d’Alain Resnais : soit il nous laisse complètement indifférents, soit il nous touche infiniment et indéfiniment.

On conçoit certes que ce film mette mal à l’aise car sa facture est lisse et il semble nous parvenir de l’au-delà. Par ailleurs, il met en scène des tranches de vie qui, comme les scènes du film, s’enfoncent dans le gris d’une neige uniforme.

Ne nous y trompons pas, Cœurs est un film magnifique, le croisement, dans la filmographie précieuse de Resnais, entre Smoking, no smoking et On connaît la chanson, dont il reprend la veine drolatique et dépressive.

Adapté par Jean-Michel Ribes, d’une pièce d’Alan Ayckbourn (comme Smoking et No smoking, précédemment cité), ce film déroule sur trois jours et trois nuits, le destin de plusieurs personnes et les entrelace.

Nicole et Dan cherchent un appartement, mais finissent par se rendre compte qu’ils n’ont rien en commun. Thierry, l’agent immobilier qui leur fait visiter appartement sur appartement, s’éprend de Charlotte, sa collègue de travail. Cette dernière aide Lionel à garder son père impotent. Lionel, barman, devient le confident de Dan, qui vient régulièrement se noyer dans le whisky. Ajoutons Gaëlle, la jeune sœur de Thierry, désespérément en quête d’un compagnon.

Ces personnages se croisent au gré de scènes courtes et d’autres un peu plus longues. C’est un ballet triste où souvent la caméra est située au niveau du plafond. Les personnages sont vus de haut, mais ils ne sont pas éloignés de nous. Ils sont nos frères et sœurs en solitude. Ils ressemblent à cette chanson d’Alain Souchon. Ils sont cette "ultramoderne solitude" de laquelle on a bien du mal à se dépatouiller.

Faut-il vraiment parler des acteurs ? Sabine Azéma, André Dussolier et Pierre Arditi se surpassent et vont encore plus avant sur le chemin de la perfection. Arditi et Dussolier n’ont jamais été aussi sobres et bouleversants. Quand à Azéma, on n’oubliera pas de sitôt les chemins de traverse que cette bigote arpente.

Dans un rôle de composition (Dan, le militaire qui se bourre la gueule) Lambert Wilson nous rappelle qu’il est capable de grandes choses. Isabelle Carré et Laura Morante… La voix de Claude Rich… Voilà une troupe homogène et qui tire le maximum d’une partition tout en finesse.

Mais ne nous fions pas aux demi-teintes. À peine le film terminé, nous nous rendons compte que chaque personnage cache un mystère. Resnais nous met sur la piste de ces secrets, sans rien nous dévoiler. Autrement dit, il nous laisse faire une part du travail et cela permet au film de résonner en nous encore et encore.

Les dix dernières minutes sont magnifiques et l’émotion qui était sous-jacente nous prend par surprise. Cette sonate d’hiver est une œuvre intense.


Philippe Sendek
© Jowebzine.com - Novembre 2006
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