Un film américain de Paul Haggis
Avec Matt Dillon
Sandra Bullock
Don Cheadle
Ryan Phillippe
et Brendan Fraser
Metropolitan Film Export - 2005 - 1h54
Un
premier film de Paul Haggis, magnifique de pertinence et d'intelligence,
qui prouve du même coup qu'il n'est pas "seulement"
un scénariste talentueux.
Si Paul Haggis réalise avec Collision son premier film,
il n'en est pas moins une valeur sûre du cinéma
pour avoir signé le scénario de Million dollar
baby, le succès phénoménal de Clint Eastwood
la saison dernière. Mais en changeant de costume et en
passant derrière la caméra, il n'a pas choisi
la facilité, prenant le risque (calculé) de ne
pas faire preuve du même savoir-faire que derrière
sa feuille blanche.
Impossible pourtant d'affirmer aujourd'hui que le pari n'est
pas gagné. En mêlant, dans une sorte de vaste fresque
concentrée sur vingt-quatre heures la destinée
étroitement imbriquée d'une grosse poignée
d'habitants de Los Angeles qui ne se connaissent absolument
pas, Paul Haggis propose un film-choral virtuose et convaincant
qui vous attrape au col dès les premières images
pour ne plus vous lâcher avant la dernière scène
vécue comme une sorte de puissante réminiscence,
d'éternel recommencement.
Riche et pauvres, gangsters et policiers, Américains
de "souche" (sic) et immigrés de fraîche
date, braves types et franches crapules… tout ce petit
monde se côtoie, se croise et se mêle, pour le meilleur
et pour le pire. Et c'est là que réside la grande
force de Paul Haggis, dans son refus du manichéisme et
de la simplicité du propos. Dans ces vingt-quatre heures
"ordinaires", chacun des protagonistes sera en situation
de montrer le meilleur et le pire de lui-même.
Film pluri-ethnique, chronique du racisme ordinaire, de la violence
sociale, vision plus fine et plus réaliste de l'Amérique
que les habituelles productions hollywoodiennes, pléthore
d'acteurs parfaitement dirigés… Collision a toutes
ces qualités, mais ne manque pas non plus du lyrisme
fondateur de telles œuvres, ni de ces trouvailles qui vous
restent fichées dans le cœur, comme celle de ce
papa serrurier qui "invente", pour sa petite fille
de cinq ans, un manteau invisible qui protège des balles
perdues…
On ressort marqué par Collision, comme par un discours
honnête adressé à un public adulte capable
d'appréhender la complexité du monde qui l'entoure.
Une victoire salutaire de l'intelligence sur la médiocrité
lénifiante ambiante.