Un film français de Patrice Leconte
Avec Sandrine Bonnaire
Fabrice Luchini
Michel Duchaussoy
Anne Brochet
et Gilber Melki
Mars Distribution - 2004 - 1h44
Leconte
réussit son meilleur film depuis des années grâce
au talent de ses acteurs… Et il nous apprend qu’un
conseiller fiscal peut très bien devenir psychothérapeute
!
Anna (Sandrine Bonnaire) est une jeune femme qui se rend chez
un psy pour un premier rendez-vous. Elle se trompe de porte
et entre dans le cabinet de William Faber (Fabrice Luchini),
conseiller fiscal. Celui-ci constate que la jeune femme fait
erreur, mais au lieu de le lui indiquer, il écoute ce
qu’elle a à dire.
Va se nouer entre les deux personnages une relation d’écoute,
justement. Une relation d’échange aussi. Anna est
vendeuse dans une boutique de maroquinerie. À la suite
d’un accident, son mari ne la touche plus et elle en souffre.
William, lui, vit dans l’appartement où il est
né, est conseiller fiscal comme son père. Sa vie
de vieux garçon est à peine dérangée
par la visite, de temps à autre, de son ancienne copine
(Anne Brochet). Ces deux personnages vont évoluer l’un
vers l’autre dans une relation inédite.
Confidences trop intimes est le 21e film de Patrice Leconte,
un cinéaste à la fois boulimique et capable du
meilleur comme du moins bon. Ici, il s’agit du meilleur.
Leconte retrouve la veine de Monsieur Hire. William Faber est
un homme en retrait, un homme qui ne vit ni ne jouit. Quand
il souffre, il a des yeux de petit garçon à qui
il arrive de grands malheurs.
S’il n’y avait un épilogue lumineux, le film
serait presque désespéré. Car les deux
protagonistes se sont fourrés dans une situation de départ,
de laquelle ils ont du mal à sortir. Anna voit en William
soit un voyeur, soit une oreille attentive. William, lui, doit
casser le mur qui l’isole des autres et sortir de lui-même.
La mise en scène de Leconte est belle et fluide. Cela
commence par des décors que l’on n’arrive
pas à situer et les bottines d’Anna qui arpentent
le bitume. Cela se termine par un plan filmé du plafond
où, sur la droite de l’écran, Luchini se
rapproche de Sandrine Bonnaire allongée sur un divan.
Autrement dit, les choix esthétiques de Leconte sont
cohérents et la musique de Pascal Estève donne
au film une couleur Hitchcockienne du meilleur effet. Comme
dans Pas de printemps pour Marnie ou La maison du docteur Edwards,
le suspense est le suivant : les personnages arriveront-ils
à dépasser leurs névroses pour se sauver
?
Ajoutons que Sandrine Bonnaire apporte à l’ensemble
un naturel inné qui en devient mystérieux. Femme
dans la splendeur de sa maturité, elle est portée
par la caméra de Leconte et nous nous régalons
de ses yeux, de ses épaules ou de ses jambes. Luchini
est un acteur merveilleux qui, lui aussi, a une présence
quasi magique dans son approche du quotidien.
Ils sont tous deux captés par Patrice Leconte qu’on
n’attendait plus dans un aussi bel ouvrage. Il filme en
artisan un conte dans lequel il faut traverser les apparences
si l’on veut apprendre à aimer.