Un film français de COSTA-GAVRAS
Avec José Garcia
Karin Viard
Ulrich Tukur
et Olivier Gourmet
Mars Distribution - 2005 - 2h02
En
mêlant thriller et critique sociale, Costa-Gavras signe
un film dense et perturbant qui doit beaucoup à son scénario
et plus encore à un José Garcia extraordinaire.
Femme (Karin Viard), enfants, maison… Bruno Davert (José
Garcia) cadre supérieur dans l'industrie du papier avait
tout pour être heureux, jusqu'au jour où la mondialisation
et les délocalisations se sont trouvées sur son
chemin. Le chômage, la recherche d'un nouveau poste, les
opportunités trop rares, les mois qui passent, la spirale
de l'échec… Alors Bruno Davert décide de
passer à l'action et de procéder "rationnellement".
Puisque la place qu'il convoite est occupée, il suffit
de la "libérer" après avoir éliminé
les concurrents les plus sérieux. Armé d'un vieux
Luger hérité de son père Résistant,
il entreprend de faire place nette.
Tirée d'un thriller de Donald Westlake, l'adaptation
habile proposée par Costa-Gavras et Jean-Claude Grumberg,
son co-scénariste, quitte les rivages balisés
du suspens pour explorer les territoires autrement subversifs
de la critique sociale et économique.
Car il ne s'agit pas seulement, dans ce film, de suivre étape
par étape le "bon" déroulement du plan
de ce cadre aux abois. C'est à une analyse fine de la
logique capitaliste que l'on assiste. Concurrence exacerbée,
inhumanité érigée en vertu (les entretiens
d'embauche sont, à ce titre, glaçants de réalisme),
sauvagerie du processus de survie… Sans discours ni slogan,
en s'appuyant simplement sur la prestation époustouflante
d'un José Garcia sublime d'ambiguïté, Costa-Gavras
dresse un portrait sans concession de notre monde malade.
À l'image de Ressources humaines et de L'emploi du temps
de Laurent Cantet ou de Violence
des échanges en milieu tempéré de Jean-Marc
Moutout, Le couperet n'est pas le genre de film dont on ressort
indemne. Profondément dérangeant il cultive le
malaise du spectateur jusqu'à lui faire "prendre
le parti" de l'assassin, jusqu'à le faire trembler
quand l'étau se resserre, jusqu'à espérer
son succès… Dérangeant, c'est le mot.