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     CiNéMa
 
LE DAHLIA NOIR

Un film américain de Brian De Palma
Avec Josh Hartnett
Scarlett Johansson
Hilary Swank
et Aaron Eckhart

Metropolitan - 2006 - 2h00
Voilà une rencontre qui faisait saliver : James Ellroy et Brian De Palma. Le premier est l’auteur de polars aussi denses que sombres. Le second est un cinéaste virtuose, responsable d’excellents films policiers comme Les incorruptibles ou Snake eyes. Le premier est connu pour être l’auteur de livres inadaptables et le second relève des défis dès qu’il le peut.

Le seul petit problème, c’est la production. Le studio Nu Image a permis la rencontre entre les deux univers. Quelques titres de Nu Image en disent longs sur le studio : Terminator woman, Cyborg cop, Shark attack et une centaine de séries Z qui ont fait sa gloire. Riche, le studio se lance donc dans le gros budget respectable et Le dahlia noir en est la première expérience !

Le résultat rassure vite : même si le film est tourné en Bulgarie, la reconstitution des années 40 est convaincante. Brian De Palma, toujours à la recherche d’expérimentation, tombe parfois dans le mauvais goût (L’esprit de Caïn, Femme fatale). Le dahlia noir n’appartiendra pas à cette catégorie.

Il faut le dire tout de suite : le film ne sera pas non plus un sommet dans la carrière de De Palma. C’est un bon polar mais trop touffu pour réellement exister par lui-même. Le dalhia noir fut longtemps jugé inadaptable : cette tentative reste maladroite même si le cinéaste y met tout son génie.

L’œuvre de James Ellroy se fait avaler toute crue par le réalisateur. Là où LA confidential était un film clinquant, Le dahlia noir ressemble à un film de Brian De Palma : manipulateur, fascinant et noir. Certains seront toujours agacés par les tics visuels du cinéaste, mais ce dernier possède une ambiguïté qui sauve ses films.

Si l’idée d’une adaptation est douteuse, Le dahlia noir se fait approprier par Brian De Palma : voyeurisme, corruption, incarnation du mal, érotisme, voilà ce qui ressort du long-métrage. Il n’y a pas de nostalgie chez De Palma pour cette époque. Le Hollywood des années 40 effraie : tout n’est que faux semblant ! C’est le grand sujet du cinéaste : ce que donne à voir une image et surtout ce qu’elle cache. De ce point de vue, le film est une vraie réussite.

Si le jeu de miroir (ou jeu de massacre) séduit, La version filmée souffre de la complexité de sa nature littéraire. Certes le scénario a simplifié l’intrigue, mais il reste embrouillé. Pire, cela torpille les personnages, limités à leur fonction narrative. C’est bien dommage car le casting ne manque pas de charme. Peut-être le cinéaste voulait-il dénoncer un peu plus la désincarnation de Los Angeles ?

De plus Brian De Palma, comme à son habitude, se permet quelques ringardises. Ici, quelques images surexposées sont exagérées. Quelques clichés prêtent à sourire. Quelques plans sont lourds de sens. Mais la légèreté n’a jamais été le fort du réalisateur. Et chez Ellroy non plus !

Sans être à l’abri de la faute de goût, Le dahlia noir reste une œuvre au noir et c’est bien là, sa principale qualité. Le film ne fait pas de cadeau au spectateur. Il ne le ménage pas. Le parfum qui se dégage a du caractère : les obsessions des deux créateurs se répondent avec une logique éclatante. Reste une vérité inavouable : un livre fabuleux fait rarement un chef d’œuvre cinématographique !


Pierre Loosdregt
© Jowebzine.com - Novembre 2006
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