Un film anglais de Stephen Frears
Avec Chjwetel Ejiofor
Audrey Tautou
et Sergi Lopez
TFM Distribution - 2003 - 1h47
QUELQUE
CHOSE DE POURRI
Sous couvert d’un thriller oppressant, Stephen Frears donne
une belle leçon socio-politique sur l’exploitation économique
de l’immigration clandestine. Poignant
The
hit, My beautiful laundrette, Sammy et Rosy s’envoient en l’air…
On le sait depuis longtemps, Stephen Frears compte parmi les réalisateurs
les plus intéressants du vieux continent. Avec Dirty pretty
things il confirme son goût pour les sujets politiquement et
socialement difficiles.
Il s’agit cette fois, dans le Londres ultra-libéraux
du Travailliste (?) Blair (mais la même histoire aurait pu se
dérouler à Paris ou à New York), de la condition
faite aux émigrés en général, aux clandestins
en particuliers. Okwe (Chiwetel Ejifor), médecin Nigérian
exilé, survit de petits boulots illégaux et non-déclarés
: taxi au noir et réceptionniste dans un hôtel de luxe.
Il partage la chambre crasseuse louée à prix d’or
par une autre clandestine, Senay (Audrey Tautou), jeune Turque femme
de ménage dans le même hôtel.
Malaise et lucidité
Pourtant, au contraire de confrères moins inspirés,
Stephen Frears ne se contente pas de la voie lacrymale pour décrire
les arrière-cours de notre société d’abondance.
Lui a l’élégance (ou le savoir-faire) de proposer
un thriller poignant qui, sur fond d’exploitation odieuse et
de trafic d’organes, nous oblige à entendre et à
voir ce que notre monde occidental a de plus dégueulasse.
La méthode est bonne et le résultat plus que convaincant.
Avec Okwe et Senay, on a peur de la police de l’immigration,
on accepte les conditions iniques de ceux qui peuvent nous dénoncer
(Sergi Lopez fait un magnifique salaud), on est prêt à
tout pour obtenir le bout de papier, vrai ou faux, qui régulariserait
notre situation. Mais si l’occasion se présente de nous
venger de nos exploiteurs, on se jure bien de ne pas la rater.
On ressort de ce film à la fois plus lucide et plus mal à
l’aise, avec cette impression d’avoir reçu, sous
couvert d’un suspens efficace, une petite leçon de socio-politique
appliquée tout à fait salutaire.