Un film sri-lankais
de Lester James Peries
Avec Malini Fonseka
Vasanthi Chaturani
et Paboda Sandeepani
Océan Films Distribution - 2003 - 1h55
Une
adaptation originale et réussie d’une œuvre de Tchekov
Si
vous adorez les films réalisés et produits par Luc Besson,
si un film sans poursuites de voitures ou coups de feu ne suscite
chez vous aucun intérêt, n’allez pas voir Le domaine
de Lester James Peries. Ou plutôt si, allez le voir, cela vous
dépaysera.
En effet, Le domaine est un film dans lequel il faut rentrer, dans
lequel il faut se fondre, un film dont le montage n’est pas
équivalent au montage des films européens. Les scènes
se chevauchent et sont parfois terminées alors qu’on
attendait la suite. Ce qui apparaît comme un handicap s’avère
une richesse. Ce film nous permet d’intégrer une grammaire
un peu différente de la grammaire habituelle.
Sujata est une veuve qui a dépassé la soixantaine. Après
un séjour à Londres de plusieurs années (consécutif
à la mort accidentelle de son fils), elle revient avec sa fille
de vingt ans à Ceylan. Elle est tellement endettée que
les banquiers lui mettent le couteau sous la gorge et réclament
qu’elle vende sa propriété. Son frère lui
conseille de faire appel à un riche parvenu dont les parents
ont travaillé dans le domaine.
Libre adaptation de La cerisaie de Tchekov, ce film prouve que les
grandes œuvres peuvent être adaptées en d’autres
temps, en d’autres lieux. La propriété de Sujata
avec ses boiseries, la végétation autour de la demeure,
ce qui est suggéré du Sri-Lanka, tout prend une couleur
Tchekovienne. On retrouve le thème des aristocrates d’un
autre temps confrontés aux nouvelles mœurs qui régentent
leur pays. Il arrive toujours un moment où l’on a le
sentiment de ne plus appartenir à son époque.
Pour ceux qui se laisseront couler dans ce rythme de fleuve, Le domaine
apportera beaucoup de beauté. Comme dans les tragédies
antiques, on sera sensible à la fin du film où la plupart
des gestes des femmes se parent de dignité et de résignation.
Film d’un vieux maître, qui se revendique de ses contemporains
(Bergman, Kurosawa) il s’agit d’un chant du cygne.